Une barrière de montagnes vertes tombe droit dans une mer dense et calme : la côte nord d'Haïti compose l'un des décors les plus saisissants des Grandes Antilles. C'est dans un repli de cette côte que Royal Caribbean a aménagé Labadee, presqu'île privée réservée à ses passagers. Le lieu ne prétend être ni une ville ni un marché de rue : c'est une journée de plage encadrée, posée dans un paysage qui, lui, n'a rien d'artificiel. La nuance a son importance, et elle se ressent dès la passerelle.

Une presqu'île taillée pour la journée

Les navires accostent directement au quai — un confort rare pour une destination balnéaire privée —, et tout se rejoint ensuite à pied ou en navette. Les criques se succèdent le long de la péninsule : Columbus Cove et son eau sans vagues, où les familles installent leurs quartiers dès le matin; Nellie's Beach et ses cabanas sur pilotis; Adrenaline Beach, face à la houle ouverte, pour ceux qui aiment sentir la mer vivre. Le repas de midi, servi en buffet sous les arbres, est compris dans l'escale, tout comme les chaises longues; il suffit de choisir sa crique, de repérer l'ombre et de s'y installer. Les plus prévoyants descendent parmi les premiers : les chaises sous les amandiers partent d'abord.

Des sensations au-dessus de l'eau

La tyrolienne Dragon's Breath s'élance d'un promontoire et file sur près de huit cents mètres au-dessus de la baie — l'une des plus longues au monde au-dessus de l'eau. On y atteint des vitesses qui font crier même les silencieux, avec le navire en toile de fond. Les amateurs de vitesse enchaînent avec le Dragon's Tail, luge sur rails qui dévale la colline en virages serrés, pendant que les familles se partagent le parc aquatique flottant. Ces activités s'ajoutent en supplément; les plages, elles, ne coûtent rien de plus. Un simple tour de kayak le long de la côte suffit autrement à prendre la mesure du décor.

L'artisanat haïtien au marché

Le marché artisanal rassemble des créateurs de la région : toiles aux couleurs franches, sculptures de fer découpé issues d'une technique née dans les ateliers haïtiens, vanneries et bois sculpté. Marchander fait partie de l'échange, sourire compris, et les rythmes du compas sortent des haut-parleurs des bars voisins. C'est le principal point de contact avec la culture du pays hôte, et il vaut qu'on s'y attarde : quelques mots suffisent pour que la journée gagne une épaisseur que le sable seul n'offre pas.

Un paysage plus grand que la plage

Depuis les hamacs, le regard porte vers les mornes du massif du Nord et, de l'autre côté de la baie, vers le village de pêcheurs de Labadie, qui a donné son nom à la presqu'île. Des barques passent au large, silhouettes patientes sur l'eau du matin. Le site emploie de nombreux travailleurs haïtiens et demeure, depuis les années 1980, l'une des présences les plus constantes du tourisme dans le pays; pour beaucoup d'habitants de la région, ces escales comptent. Certains employés travaillent ici depuis des décennies et le racontent volontiers, en français ou en créole.

Au départ, le soleil descend derrière les mornes et la baie prend une teinte cuivrée. On n'aura pas vu Haïti — pas vraiment —, mais on en aura aperçu la lumière, les montagnes et le talent. Pour bien des voyageurs, c'est ainsi que commence une curiosité.

Repères pratiques

  • Accostage au quai : aucune chaloupe, on descend et tout se fait à pied.
  • Les achats sur la presqu'île passent par la carte de bord; prévoir de l'argent comptant pour le marché artisanal.
  • Tyrolienne et luge en supplément : réserver tôt, les places partent vite.
  • Ombre limitée en mi-journée : chapeau et protection solaire de rigueur.