Des panneaux routiers rappellent aux rares automobilistes que les iguanes ont priorité. Le décor est planté : Little Cayman aligne seize kilomètres de long sur deux de large, moins de deux cents résidents, un aérodrome gazonné et pas un seul feu de circulation. Les grands navires passent au large; seules de petites unités et quelques bateaux d'expédition mouillent devant la côte et confient leurs passagers aux annexes, près de Blossom Village. Dès les premiers pas sur le débarcadère, le calme surprend davantage que la chaleur : un coq chante quelque part, la mer clapote, et c'est à peu près tout.
Blossom Village, un chef-lieu de poche
Le bourg principal tient en quelques bâtiments de bois posés entre mer et végétation : une église, une école minuscule, un magasin général et un petit musée qui retrace la vie des familles établies ici au XIXe siècle, quand la pêche et la corde de chanvre faisaient vivre l'endroit. Tout se parcourt à pied en une dizaine de minutes. Les habitants saluent chaque passant; beaucoup travaillent dans les centres de plongée, et presque tous se connaissent par leur prénom.
Bloody Bay Wall, un tombant de renommée mondiale
La réputation de Little Cayman s'est bâtie sous la surface. Au nord, le récif s'interrompt brutalement : la paroi de Bloody Bay plonge à la verticale vers des fonds de près de deux mille mètres. Le sommet du tombant se situe à cinq ou six mètres à peine, si bien que même les plongeurs débutants et les adeptes du tuba en aperçoivent les éponges géantes, les coraux et les tortues. Les centres locaux proposent des sorties d'une demi-journée compatibles avec une escale, dans une eau dont la visibilité dépasse souvent trente mètres. Mérous de Nassau, raies-aigles et bancs de carangues fréquentent la paroi; en s'éloignant du bord, il n'est pas rare qu'un requin de récif remonte du bleu pour inspecter les visiteurs, sans agressivité aucune.
Vingt mille fous à pattes rouges
Près de la piste d'atterrissage, la réserve de Booby Pond protège la plus importante colonie de fous à pattes rouges des Caraïbes : environ vingt mille oiseaux, escortés de quelque trois cent cinquante frégates. Cette zone humide reconnue par la convention de Ramsar s'observe depuis la terrasse du National Trust, jumelles en main. En fin de journée, le spectacle mérite qu'on s'attarde : les fous rentrent de la pêche et les frégates les harcèlent en plein vol pour leur dérober leur prise.
Owen Island et Point of Sand
Face à Blossom Village, un îlot de sable et de broussailles flotte au milieu du lagon de South Hole Sound : Owen Island, qu'un quart d'heure de kayak suffit à rejoindre. On y débarque seul au monde, masque et tuba dans le sac. À l'extrémité orientale, la plage de Point of Sand fait face à Cayman Brac, visible à huit kilomètres; le sable clair y prend des teintes changeantes selon la course du soleil. Entre les deux, le sentier de Salt Rock traverse mangroves et étangs salés, territoire de l'iguane des Sister Islands, reptile endémique au pas placide qui justifie les fameux panneaux. Les marcheurs attentifs repèrent aussi orchidées sauvages, papillons et bernard-l'ermite en transhumance sur le chemin de crête, vestige d'une ancienne voie utilisée par les récolteurs de sel.
Au moment de rejoindre l'annexe, bien des passagers réalisent qu'ils n'ont pas consulté leur montre de la journée. Little Cayman ne se raconte pas en monuments : elle s'éprouve dans la lenteur. Et cette lenteur accompagne longtemps ceux qui reprennent la mer, comme un réglage intérieur qu'on aimerait ne plus perdre.
Repères pratiques
- Escale confidentielle : mouillage au large et transfert en annexe, réservés aux unités de petite taille.
- Le dollar des îles Caïmans a cours; le dollar américain est accepté partout.
- On roule à gauche; taxis presque inexistants : réserver plongée et kayak avant l'arrivée.
- Peu d'infrastructures : prévoir eau, chapeau et protection solaire.


