Nassau connaît les navires mieux que personne : la capitale des Bahamas figure parmi les escales les plus fréquentées du monde, et son port refait à neuf accueille les passagers avec musique, marché d'artisans et musée du Junkanoo dès la sortie de la passerelle. Derrière cette façade bien rodée, il y a une vraie ville coloniale aux édifices roses, un carnaval unique en son genre, des forts de pirates et, tout autour, cette eau dont aucun écran ne rend la couleur exacte, entre turquoise et menthe glacée.
Le port dans la ville
Les quais de Prince George Wharf débouchent directement sur Bay Street, l'artère principale du centre-ville, à cinq minutes de marche. Aucun transport à prévoir pour l'essentiel : le quartier historique, les marchés et même une plage se rejoignent à pied. Les taxis à tarifs affichés et les navettes maritimes attendent ceux qui visent Paradise Island, l'île-hôtel reliée par deux ponts, juste en face du mouillage.
L'escalier de la Reine et le fort Fincastle
À une dizaine de minutes du quai, au bout d'une gorge ombragée creusée dans le calcaire, l'escalier de la Reine grimpe ses 66 marches taillées à la main à la fin du XVIIIe siècle par des esclaves, et rebaptisé plus tard en l'honneur de la reine Victoria, dont le règne vit l'abolition. L'endroit, frais et végétal, est chargé d'une mémoire que les guides locaux racontent bien. En haut, le fort Fincastle, curieux ouvrage en forme de proue de navire, surveille la ville et le port ; la tour à eau voisine marque le point culminant de l'île, et la vue embrasse tout le mouillage.
Bay Street et les édifices roses
Le centre colonial se parcourt en une boucle facile. Sur la place du Parlement, les bâtiments géorgiens rose bonbon logent toujours les institutions du pays, sous la statue de la jeune Victoria. Le marché de la paille perpétue une tradition d'artisanat local, chapeaux et paniers tressés en tête, marchandage bienvenu. Les amateurs d'histoires de flibuste pousseront la porte du musée des Pirates de Nassau : la ville fut au début du XVIIIe siècle la capitale officieuse de la piraterie, royaume de Barbe-Noire et de ses collègues, avant que la couronne britannique n'y remette de l'ordre. La distillerie John Watling's, installée dans un domaine de 1789, complète le circuit avec une dégustation de rhum sous les vérandas.
Junkanoo, le carnaval permanent
Le Junkanoo, défilé nocturne de costumes flamboyants, de cloches à vache et de tambours de peau de chèvre, éclate normalement les 26 décembre et 1er janvier. Hors saison, le musée attenant au port en donne un aperçu convaincant, costumes monumentaux et ateliers à l'appui. C'est la meilleure clé pour comprendre la culture bahamienne, née du génie des communautés africaines de l'île à qui l'on ne laissait que quelques jours de liberté par année et qui en firent une explosion d'art.
La plage, tout de suite ou en face
Pour l'eau turquoise sans logistique, Junkanoo Beach commence à un quart d'heure de marche du navire : sable correct, bars de plage décontractés, chaises à louer. Pour le tableau complet, Cabbage Beach, sur Paradise Island, déroule son sable poudreux à dix minutes de taxi ou de navette maritime ; le complexe Atlantis, avec son parc aquatique et ses aquariums, vend des accès à la journée pour ceux qui veulent en faire le cœur de l'escale. Entre les deux, les comptoirs d'Arawak Cay, le « Fish Fry » local, servent la conque sous toutes ses formes, en beignets, en salade citronnée, grillée, spécialité nationale à goûter au moins une fois.
Dernier regard sur l'eau verte
Au départ, le navire longe le phare de l'entrée du port, doyen des Bahamas, puis l'eau reprend ses dégradés impossibles au-dessus des hauts-fonds. Nassau n'a rien d'une escale secrète, et ne prétend pas l'être ; elle fait autre chose : recevoir, avec un métier consommé et une bonne humeur qui résiste à tous les volumes. On y revient comme on retourne chez une connaissance de longue date, en sachant exactement ce qu'on y retrouvera, et c'est précisément ce qu'on est venu chercher.


