Depuis le pont, Great Bay dessine un arc presque parfait : une bande de sable clair, une rangée de façades aux couleurs de sorbet, des collines vertes qui ferment l'horizon. L'eau passe du bleu profond au turquoise à mesure que le navire approche du quai. Philipsburg, capitale de la partie néerlandaise de Saint-Martin, tient tout entière entre sa baie et une lagune intérieure, sur une langue de terre qu'on traverse à pied en quelques minutes. Peu d'escales des Caraïbes offrent autant sans exiger le moindre déplacement motorisé.

Du quai à la promenade de bois

Les navires accostent au quai Dr. A.C. Wathey, à l'extrémité est de la baie. Le centre-ville se trouve à environ un kilomètre et demi, soit une vingtaine de minutes de marche le long de l'eau. Une navette maritime traverse la baie en quelques minutes et dépose ses passagers directement sur la promenade, une option agréable qui donne d'emblée le point de vue du large sur la ville. Les taxis attendent aussi à la sortie du terminal pour ceux qui visent les plages plus éloignées de l'île.

Le boardwalk et la plage de Great Bay

La promenade de bois longe la plage sur près de deux kilomètres. D'un côté, les chaises longues et les palmiers ; de l'autre, une succession de terrasses, de bars et de restaurants où se mêlent créole, néerlandais, français et anglais. La plage de Great Bay compte parmi les rares plages urbaines des Caraïbes qui méritent qu'on y passe la journée : sable fin, eau calme, services à portée de main, et le spectacle permanent des navires qui manœuvrent au fond de la baie. Pour une escale sans logistique, tout est là. On pose sa serviette à dix minutes du quai et on rentre à bord quand bon semble.

Front Street et les ruelles

Une rue derrière la plage, Front Street aligne bijouteries, boutiques hors taxes et maisons de bois aux volets peints. Au centre, le palais de justice de 1793, blanc et coiffé de son ananas doré, figure jusque sur le drapeau de Sint Maarten. Les ruelles étroites qui relient Front Street au bord de mer, les steegjes, cachent des cours ombragées et des murales colorées. Le Guavaberry Emporium, installé dans une ancienne maison créole, fait goûter la liqueur locale tirée d'une petite baie qui pousse sur les collines de l'île. De tout ce qui se vend à Philipsburg, c'est le souvenir qui raconte le mieux l'île.

Le fort Amsterdam

Sur la presqu'île qui ferme la baie à l'ouest, une marche d'une vingtaine de minutes mène aux ruines du fort Amsterdam, élevé par les Hollandais en 1631, premier fort néerlandais des Caraïbes. Il reste des murs bas, quelques canons et une vue étendue sur Great Bay d'un côté, Little Bay de l'autre. Des pélicans nichent dans les falaises voisines et plongent en piqué devant les visiteurs. Le lieu se prête à une pause tranquille, loin de l'animation commerçante du centre.

L'île aux deux drapeaux

Saint-Martin se partage depuis 1648 entre la France et les Pays-Bas, sans frontière visible : une simple stèle marque la ligne sur la route. Avec une escale généreuse, Marigot, le chef-lieu français, se rejoint en taxi en une vingtaine de minutes. On y change d'ambiance en changeant de langue : marché aux poissons, pâtisseries, terrasses autour du port de plaisance et fort Louis qui domine la baie. Les amateurs d'aviation connaissent aussi Maho Beach, où les avions frôlent le sable à l'atterrissage ; le détour se combine bien avec un tour de l'île, mais surveille l'horaire de retour, la circulation pouvant ralentir en fin d'après-midi.

Remonter à bord

Au départ, le soleil descend souvent derrière les collines et la baie prend une teinte dorée. De la poupe, on distingue encore la file des terrasses, les parasols repliés, le clocher du palais de justice. Philipsburg ne cherche pas à impressionner ; elle met la mer, la table et la flânerie à portée immédiate du navire, et elle le fait avec une bonne humeur qui reste en mémoire. Bien des passagers y reviennent, précisément pour cette facilité-là.