En 1782, l'amiral George Rodney observait depuis ce promontoire les voiles françaises mouillées devant la Martinique, à une quarantaine de kilomètres au nord. C'est d'ici qu'il lança la flotte qui remporta la bataille des Saintes. Deux siècles et demi plus tard, les navires qui jettent l'ancre dans Rodney Bay, au nord-ouest de Sainte-Lucie, débarquent leurs passagers en navette pour explorer ce même terrain : Pigeon Island, un parc national de 18 hectares où l'histoire militaire et la baignade se partagent deux collines et deux anses.
Un îlot devenu presqu'île
Pigeon Island fut longtemps une île à part entière, repaire du corsaire français Jambe de Bois avant de devenir garnison britannique. En 1972, une chaussée de remblai l'a reliée à la côte lors de l'aménagement de la marina voisine. Le Saint Lucia National Trust gère aujourd'hui le site, classé lieu protégé, et perçoit un droit d'entrée qui finance sa conservation. Passé la guérite, les pelouses plantées d'arbres centenaires mènent aux ruines dispersées : casernes, poudrière, cuisines de garnison et l'ancien mess des officiers, restauré en petit centre d'interprétation.
La montée vers le fort
Deux sommets structurent le parc. Le premier, coiffé des murs trapus de Fort Rodney, se gravit en une quinzaine de minutes par un sentier aménagé ; canons d'époque et table d'orientation attendent au sommet. Le second, Signal Peak, grimpe plus sec, cailloux et racines sous les semelles, jusqu'à environ 110 mètres. L'effort se paie en panorama : la baie et ses voiliers, le village de Gros Islet, les collines du nord de l'île et, dans la brume claire de l'horizon, la silhouette de la Martinique. Prévoir chaussures fermées, eau et chapeau ; l'alizé souffle au sommet, mais la montée reste exposée.
Deux anses pour reprendre son souffle
Au pied des fortifications, deux petites anses de sable calme s'ouvrent sur des eaux sans vagues, idéales après la randonnée. Les familles apprécient leur pente douce ; les nageurs plus curieux longent les rochers où se faufilent poissons-perroquets et sergents-majors, pendant que les pélicans plongent un peu plus loin. L'eau, à peine plus fraîche que l'air, invite à étirer la pause jusqu'au dernier appel de la navette. Un restaurant et quelques kiosques du parc servent boissons fraîches et plats simples, et le pub Jambe de Bois, institution locale installée dans la verdure, honore la mémoire du corsaire unijambiste.
Autour de la baie
Les passagers qui souhaitent varier la journée trouvent à proximité la longue plage de Reduit, parmi les plus fréquentées de l'île, ainsi que la marina et ses restaurants. Le bourg voisin de Gros Islet conserve ses cases de bois et son église face à la mer ; sa fête de rue du vendredi soir est célèbre dans toute l'île, mais seuls les navires attardés au mouillage permettent d'y goûter.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
|---|---|
| Accostage | Ancrage dans la baie, transfert en navette |
| Accès au parc | Droit d'entrée exigé, géré par le Trust de Sainte-Lucie |
| Ascensions | Fort : 15 minutes ; Signal Peak : 30 minutes, sentier escarpé |
| Monnaie et langue | Dollar des Caraïbes orientales, dollar américain accepté ; anglais et créole |
Au moment de lever l'ancre
Depuis le pont, au départ, Pigeon Island reprend sa forme de sentinelle verte à l'entrée de la baie. On comprend alors pourquoi tant de puissances se sont disputé ce caillou : qui tenait ces collines voyait tout. Les passagers, eux, en retiennent autre chose : un fort à hauteur d'enfant, une baignade au pied des canons et l'une des plus belles leçons d'histoire à ciel ouvert des Petites Antilles.


