Ici, pas de terminal pensé pour les vacanciers : Puerto Cortés est d'abord un port de travail, le plus important de l'Amérique centrale pour les conteneurs. Les grues, les cargos et le ballet des remorqueurs composent le décor de l'arrivée. Cette franchise a son mérite : l'escale montre le Honduras tel qu'il vit, et elle sert de porte d'entrée vers l'un des monuments coloniaux les plus imposants de la région.
Une baie qui a une histoire
La ville s'étend entre la mer des Caraïbes et la lagune d'Alvarado, sur un site repéré dès les premières années de la colonisation espagnole. Sa fortune moderne est venue du chemin de fer et de la banane : c'est par ces quais que les compagnies fruitières expédiaient leurs régimes vers La Nouvelle-Orléans, et San Pedro Sula, moteur industriel du pays, se trouve à une heure de route seulement. Le centre, quadrillé et sans prétention, se parcourt en peu de temps : parc central ombragé, église moderne, marchés où les vendeurs de fruits empilent mangues et ananas. On y prend le pouls d'une cité portuaire ordinaire, ce qui, pour un voyageur curieux, vaut bien des attractions aménagées.
Omoa et la forteresse San Fernando
Le grand but d'excursion se trouve à une vingtaine de kilomètres à l'ouest. À Omoa, la forteresse San Fernando dresse ses murailles basses et épaisses en arc de cercle depuis le dix-huitième siècle. L'Espagne l'avait construite pour protéger l'or et l'argent embarqués vers Cadix contre les pirates et la flotte britannique; elle demeure le plus important ouvrage militaire colonial d'Amérique centrale. On circule librement sur les remparts, entre les canons pointés vers une mer qui s'est éloignée du glacis avec les siècles. Les salles voûtées gardent la fraîcheur, et le petit musée attenant raconte les sièges, les assauts, la vie de garnison et le grand assaut britannique de 1779. Compter une demi-journée pour l'aller-retour, visite comprise.
La côte garifuna
À quelques kilomètres du centre, la route côtière rejoint Travesía et Bajamar, deux villages garifunas où les barques de pêche reposent sur le sable devant les maisons. Ce peuple, né au dix-huitième siècle de la rencontre entre naufragés africains et Caraïbes insulaires, a conservé sa langue, ses tambours et sa cuisine. Avec un peu de chance, on assiste à une démonstration de punta, cette danse aux percussions rapides qui accompagne toutes les fêtes de la côte. Goûter un poisson frit accompagné de bananes plantains et de riz au coco, face à la mer, reste le meilleur souvenir que l'on puisse rapporter de cette portion du littoral. Les rivages d'Omoa, calmes et bordés de cocotiers, se prêtent aussi à quelques heures de baignade.
Une escale à hauteur d'homme
Puerto Cortés ne cherche pas à séduire, et c'est peut-être sa force. Les navires y font rarement escale; ceux qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers un morceau de pays sans fard, une forteresse qui n'a rien à envier aux citadelles plus célèbres des Antilles et une culture vivante qu'aucun autre port de la région ne présente d'aussi près. En remontant la passerelle, on emporte le son des tambours garifunas plutôt que des sacs de boutiques, et l'échange paraît avantageux.
Repères pratiques
- Port industriel : la sortie se fait en navette ou en taxi, la marche n'étant pas permise dans la zone portuaire.
- La forteresse San Fernando d'Omoa se trouve à environ 20 kilomètres; négocier un taxi pour l'aller-retour avec attente sur place.
- Prévoir des lempiras ou de petites coupures américaines : les commerces locaux rendent difficilement la monnaie sur les gros billets.
- L'offre touristique est mince : l'excursion organisée par le navire demeure l'option la plus simple pour Omoa et les villages garifunas.


