Peu de ports d'Amérique du Nord réservent une arrivée pareille. Le fleuve se resserre, le cap Diamant se dresse à tribord, et le Château Frontenac apparaît au sommet de la falaise, toits de cuivre verdi sous le soleil du matin. Les passagers venus d'Europe croient reconnaître quelque chose de familier ; les Nord-Américains découvrent une ville qui ne ressemble à aucune autre sur leur continent. Québec, seule ville fortifiée au nord du Mexique, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, se donne entière dès le pont du navire.
Un quai au pied de la vieille ville
Le terminal de la Pointe-à-Carcy place les passagers directement dans le Vieux-Port. Aucune navette nécessaire : le quartier du Petit-Champlain se rejoint à pied en une dizaine de minutes, en longeant les bassins et les anciens entrepôts de pierre. Les plus grands navires accostent parfois un peu en aval, au quai 30, relié au terminal principal par une navette ou une marche d'un quart d'heure. Dans tous les cas, la journée commence sans logistique, et c'est un luxe rare.
Place Royale et le Petit-Champlain
La basse-ville raconte les débuts. Sur la place Royale, l'église Notre-Dame-des-Victoires occupe l'emplacement même de l'habitation fondée par Samuel de Champlain en 1608, berceau de l'Amérique française. Les maisons de pierre aux toits pentus, reconstruites dans l'esprit du Régime français, encadrent une place où l'on entend parler toutes les langues. À quelques pas, la rue du Petit-Champlain déroule ses boutiques d'artisans, ses enseignes de fer forgé et ses escaliers fleuris au pied de la falaise. La fresque des Québécois, murale en trompe-l'œil, résume quatre siècles d'histoire sur un seul mur ; les passants s'amusent à y chercher les personnages connus.
Monter vers la haute-ville
Deux chemins mènent là-haut. L'escalier Casse-Cou, le plus ancien de la ville, porte bien son nom et récompense l'effort. Le funiculaire, lui, grimpe le long de la paroi depuis la maison Louis-Jolliet et dépose ses passagers sur la terrasse Dufferin, aux pieds du Château Frontenac. De cette longue promenade de bois accrochée au sommet du cap, la vue porte sur le fleuve, l'île d'Orléans et les montagnes de Charlevoix par temps clair. L'hôtel, élevé en 1893 pour le Canadien Pacifique, est probablement l'édifice le plus photographié du pays. On peut entrer flâner dans le hall même sans y loger.
Les fortifications et les plaines d'Abraham
De la terrasse, la promenade des Gouverneurs suit le flanc du cap jusqu'à la Citadelle, forteresse en étoile toujours occupée par le Royal 22e Régiment. L'été, la relève de la garde s'y déroule en tunique écarlate, chèvre régimentaire en tête. Juste au-delà s'ouvrent les plaines d'Abraham, vaste parc où s'est joué en 1759 le sort de la Nouvelle-France en une bataille d'une vingtaine de minutes. Les Québécois y courent, y pique-niquent et y font du ski de fond l'hiver, ce qui en dit long sur la manière dont la ville habite son histoire. Le retour peut se faire par la rue Saint-Louis et la porte du même nom, puis par la rue Saint-Jean, vivante et gourmande, où les terrasses se disputent le trottoir.
Si le fleuve vous appelle plus loin
Avec une escale longue, la chute Montmorency se trouve à une quinzaine de kilomètres du quai : un rideau d'eau de 83 mètres, plus haut que Niagara, enjambé par un pont suspendu et longé par un téléphérique. Plusieurs excursions la combinent avec l'île d'Orléans, dont les villages et les vergers fournissent les tables de la région. Mais il faut le dire simplement : la vieille ville suffit amplement à remplir une journée, et elle se savoure mieux à pied, sans horaire.
Repartir par le fleuve
Au départ, le navire glisse devant la terrasse Dufferin où les promeneurs saluent parfois de la main. La falaise défile, puis la pointe de l'île d'Orléans, et la ville se réduit peu à peu à une silhouette de clochers et de toits de cuivre au-dessus de l'eau. Québec laisse au voyageur une impression singulière : celle d'avoir traversé l'Atlantique sans changer de continent, le temps d'une escale.</


