De la mi-janvier à la fin mars, la baie se transforme en pouponnière : des milliers de baleines à bosse quittent l'Atlantique Nord pour venir mettre bas et s'accoupler dans ces eaux tièdes. Samaná doit à ce rendez-vous une renommée qui dépasse largement sa taille. Le reste de l'année, la péninsule du nord-est dominicain cultive d'autres atouts : mornes couverts de cocotiers, cascades, îlots et l'un des parcs naturels les plus singuliers des Grandes Antilles, juste en face du mouillage.

Santa Bárbara, la petite capitale de la baie

Les annexes déposent les passagers au cœur de Santa Bárbara de Samaná, bourg coloré étagé au-dessus de son front de mer. Deux passerelles piétonnes, surnommées les ponts vers nulle part, enjambent l'eau jusqu'à des îlots boisés : la promenade offre le meilleur point de vue sur la rade. En ville, une église de bois connue comme La Churcha rappelle une page d'histoire méconnue : des affranchis afro-américains venus de Philadelphie s'établirent ici dans les années 1820, et leurs descendants perpétuent encore certaines traditions, jusque dans la cuisine locale. Le long du front de mer, les vendeurs proposent le pescado con coco, poisson mijoté au lait de coco devenu la signature culinaire de la péninsule.

Les géantes de l'hiver

En saison, les bateaux d'observation sortent chaque matin vers les zones de reproduction, sous encadrement réglementé. Souffles, sauts et coups de nageoires se succèdent parfois à quelques dizaines de mètres des embarcations; les mâles chantent sous la coque, et certains capitaines glissent un hydrophone à l'eau pour faire entendre ces longues plaintes venues d'un autre monde. Peu d'escales des Antilles offrent un spectacle naturel de cette ampleur à si courte distance du quai. À terre, un petit musée animé par une association locale complète la sortie avec un squelette impressionnant et des explications sur les migrations.

Cayo Levantado, l'îlot des paresseux heureux

À un quart d'heure de navigation, Cayo Levantado combine plage de sable blond, palmiers inclinés et eaux limpides. Les plus anciens l'appellent encore l'île Bacardi, souvenir d'une publicité de rhum qui fit connaître sa plage au monde entier dans les années 1970. Sa partie publique se prête à quelques heures de baignade sans autre programme que le va-et-vient des vagues. Beaucoup d'excursions combinent l'observation des baleines le matin et l'îlot l'après-midi, formule qui résume à elle seule la péninsule.

El Limón et Los Haitises

Dans les terres, la cascade El Limón chute d'une quarantaine de mètres au creux de la forêt; on l'atteint à cheval ou à pied depuis les ranchs du village voisin, moyennant une heure d'effort récompensée par la baignade dans le bassin; les ranchs fournissent montures, casques et guides. De l'autre côté de la baie, le parc national Los Haitises aligne ses mogotes, buttes calcaires coiffées de jungle qui surgissent de la mer. Les sorties en bateau serpentent entre mangroves et cavernes ornées de pictogrammes taïnos, sous les vols de frégates et de pélicans — une échappée qui donne le sentiment de remonter très loin en arrière.

Au départ du navire, il arrive qu'un souffle jaillisse une dernière fois dans le sillage, comme un salut. Samaná ne se visite pas tant qu'elle ne s'écoute : chants de baleines, pluie sur les palmes, cloche de la vieille église de bois. Il faudra revenir un hiver, pour la saison des géantes.

Repères pratiques

  • Débarquement en annexe à Santa Bárbara de Samaná ou, selon les compagnies, directement à Cayo Levantado.
  • Observation des baleines de la mi-janvier à la fin mars seulement; sorties encadrées, places limitées : réserver tôt.
  • El Limón et Los Haitises demandent chacun une demi-journée : choisir plutôt que cumuler.
  • Peso dominicain; dollars américains acceptés; prévoir des espèces pour les guides et les ranchs.