Le mouillage lui-même est un événement. Le navire jette l'ancre au milieu d'un ancien volcan noyé, entouré de falaises de trois cents mètres striées de noir, de rouge et d'ocre, avec les villages blancs posés sur la crête comme une ligne de neige. Santorin doit sa forme à l'une des plus violentes éruptions de l'histoire humaine, survenue il y a environ 3 600 ans, qui souffla le centre de l'île et engloutit une civilisation florissante. Ce cataclysme a laissé la caldeira la plus spectaculaire de la Méditerranée, et le privilège rare de commencer son escale ancré en plein cœur du décor.

De la mer à la crête

Aucun quai ne pouvant accueillir les grands navires, les chaloupes déposent les passagers au vieux port de Skala, au pied de la falaise de Fira. Trois chemins mènent là-haut : le téléphérique, qui grimpe en quelques minutes ; l'escalier en zigzag et ses 587 marches, éprouvant sous le soleil ; et les mulets traditionnels, que nous suggérons de laisser tranquilles, leur sort faisant l'objet de préoccupations sérieuses. Le vrai conseil tient en une phrase : prendre l'une des premières chaloupes. Quand plusieurs navires partagent la caldeira, la file du téléphérique peut engloutir une heure dans chaque sens en milieu de journée.

Fira, balcon sur la caldeira

La capitale de l'île s'accroche au bord du vide. Ses ruelles pavées de marbre serpentent entre boutiques, chapelles et terrasses suspendues au-dessus de l'eau, trois cents mètres plus bas. Le sentier qui longe la crête vers le nord, en direction des villages de Firostefani et d'Imerovigli, offre les plus beaux points de vue, avec le navire réduit à une maquette sur le bleu profond du cratère. Le musée de la Préhistoire de Théra, discret mais remarquable, expose les fresques et les objets exhumés d'Akrotiri, dont un singe bleu peint dix-sept siècles avant notre ère.

Oia, le village des photographes

À une douzaine de kilomètres au nord, Oia aligne ses maisons troglodytes, ses moulins et ses dômes bleus au-dessus de la mer. L'autobus local y monte du terminus de Fira en une demi-heure ; les taxis et les excursions organisées font gagner du temps aux escales courtes. Le village se parcourt lentement, en laissant les ruelles principales pour les passages qui descendent vers la baie d'Amoudi, minuscule port rouge où les tavernes servent le poulpe grillé au ras de l'eau. Oia est le lieu le plus couru de l'île ; y arriver avant la fin de la matinée change complètement l'expérience.

Akrotiri, la Pompéi de l'Égée

Au sud de l'île, les archéologues dégagent depuis 1967 une ville de l'âge du bronze conservée sous les cendres de la grande éruption. Akrotiri se visite sous un toit moderne, en marchant parmi des rues, des maisons à étages et des jarres restées en place depuis trente-six siècles. Les habitants avaient fui avant la catastrophe ; on n'y a trouvé aucun corps, ce qui laisse l'énigme ouverte. Pour un passager que l'histoire intéresse, c'est l'excursion la plus substantielle de l'île, à combiner avec les plages de sable noir voisines de Perissa ou de Kamari.

Le goût du volcan

Les sols de cendre et le vent salin donnent aux produits de Santorin un caractère à part : tomates cerises intenses, fèves en purée, câpres, et surtout l'assyrtiko, un blanc sec et minéral que les vignerons tirent de ceps enroulés en couronnes au ras du sol pour résister au vent. Plusieurs domaines proches de la route d'Akrotiri proposent des dégustations avec vue sur la caldeira, pause civilisée entre deux villages.

Lever l'ancre dans la lumière

Les départs de Santorin se font souvent en fin d'après-midi, quand la lumière rasante réchauffe les falaises et que les villages blancs virent au doré. Depuis le pont, on regarde la crête défiler une dernière fois, en comprenant pourquoi cette île née d'une catastrophe est devenue l'image même des Cyclades. Peu d'escales tiennent autant de la scène de théâtre : on y entre par le cratère, on en sort par le rideau de falaises, et on garde longtemps le souvenir d'avoir navigué dans un volcan.