On accoste ici dans le futur, ou du moins dans l'idée que l'Asie s'en fait. Singapour surgit de la mer en une ligne de tours de verre, coiffée du vaisseau de Marina Bay Sands posé sur ses trois pylônes, avec des jardins verticaux qui grimpent le long des façades. Cité-État grande comme l'île de Montréal, carrefour de trois cultures et d'une centaine de cuisines, elle offre au croisiériste une journée d'une densité rare, dans un confort logistique à peu près parfait : tout fonctionne, tout est propre, tout est climatisé. Reste à choisir.
Un terminal branché sur la ville
La plupart des navires utilisent le Marina Bay Cruise Centre, au sud du quartier des affaires. La station de métro Marina South Pier jouxte le terminal et met le centre-ville à quelques arrêts, climatisation comprise ; les taxis, honnêtes et compteurs à l'appui, abondent à la sortie. Premier réflexe d'escale : composer avec la chaleur équatoriale. On alterne marche matinale, pauses fraîches et déplacements en métro, et la journée passe sans souffrir.
Gardens by the Bay, la forêt de demain
À moins de deux kilomètres du terminal, les jardins de la baie déploient leurs Supertrees, arbres d'acier de vingt-cinq à cinquante mètres tapissés de plantes vivantes, reliés par une passerelle suspendue. Deux serres monumentales complètent l'ensemble : le Flower Dome et sa flore méditerranéenne, et surtout la Cloud Forest, montagne artificielle noyée de brume où une cascade de trente-cinq mètres tombe dans une végétation d'altitude. C'est l'attraction la plus proche du navire et l'une des plus mémorables ; les passagers dont l'escale s'étire en soirée peuvent assister au spectacle son et lumière des Supertrees, gratuit, à la nuit tombée.
Marina Bay et le Merlion
Autour de la baie, la ville se met en scène. La promenade fait le tour du plan d'eau, passe devant le théâtre Esplanade aux allures de durian, le musée ArtScience en forme de lotus, et rejoint le Merlion, mi-lion mi-poisson, qui crache son jet d'eau face aux tours depuis 1972. La terrasse panoramique de Marina Bay Sands, au sommet du 57e étage, offre la vue inverse : la baie, le port, et des cargos à l'ancre jusqu'à l'horizon, rappel que Singapour demeure l'un des plus grands ports de la planète.
Chinatown, Little India, Kampong Glam
Le métro met les quartiers historiques à quelques minutes. Chinatown empile temples, herboristeries et maisons-boutiques pastel autour du temple de la Relique de la Dent de Bouddha ; Little India embaume le jasmin et le curry autour de ses temples tamouls chargés de divinités peintes ; Kampong Glam, l'ancien quartier malais, aligne ses boutiques de tissus et ses cafés autour de la mosquée au dôme doré du Sultan. Trois mondes, trois ambiances, à vingt minutes l'un de l'autre : c'est le raccourci le plus efficace pour comprendre ce pays construit sur le mélange.
La religion du hawker centre
Manger est ici l'activité nationale, et les hawker centres, ces halles de cuisine de rue encadrées par l'État, en sont les temples, au point d'être inscrits au patrimoine immatériel de l'UNESCO. Au Maxwell Food Centre ou au Lau Pa Sat, sous les ventilateurs, on compose son festin pour quelques dollars : riz au poulet hainanais, laksa au lait de coco, satays grillés, nouilles char kway teow. Les files les plus longues signalent les meilleurs étals ; il suffit de les suivre.
Appareiller vers le détroit
Le départ traverse l'une des rades les plus fréquentées du monde, entre des files de porte-conteneurs qui attendent leur tour. Les Supertrees s'illuminent souvent au moment où le navire s'éloigne, adieu futuriste parfaitement réglé, comme tout le reste. Singapour laisse une impression paradoxale : celle d'une ville qu'on croit avoir comprise en une journée, et qui mériterait une semaine pour se laisser vraiment goûter. La plupart des passagers repartent avec une liste de plats à finir. C'est le meilleur prétexte de retour qui soit.


