Deux cônes de roche verte jaillissent de la mer et montent presque à la verticale : Gros Piton et Petit Piton, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, gardent l'entrée de la baie de Soufrière. Les navires de taille modeste qui mouillent ici offrent à leurs passagers l'une des arrivées les plus spectaculaires des Antilles. La navette accoste à la jetée du bourg, fondé par les Français en 1746 et plus vieille agglomération de Sainte-Lucie. Sur le quai, l'odeur de soufre flotte parfois dans l'air chaud, rappel que la terre travaille juste derrière les collines.

Un bourg créole au pied des volcans

Autour de la place centrale et de l'église de l'Assomption, Soufrière aligne ses maisons à balcons de bois ouvragé, héritage des familles françaises qui cultivaient ici canne, cacao et manioc. Le petit marché du bord de mer vend fruits, cannelle et cacao en bâtons sous des parasols multicolores. Le bourg se parcourt en une demi-heure tranquille ; il sert surtout de camp de base aux merveilles naturelles qui l'encerclent, toutes accessibles en moins de quinze minutes de route.

Le volcan où l'on entre en voiture

À environ trois kilomètres du débarcadère, Sulphur Springs se présente comme le seul volcan des Caraïbes où la route pénètre directement dans le cratère effondré. Pas de cône ni de lave : plutôt un paysage lunaire de terre grise où fumerolles et mares de boue bouillonnent à plus de 100 degrés Celsius. Les guides du site expliquent la lente respiration de ce système géothermique surveillé en permanence. En contrebas, des bassins de boue tiède accueillent les baigneurs pour l'expérience la plus salissante et la plus amusante de l'île : on s'enduit d'argile volcanique, on laisse sécher, on rince dans la rivière chaude.

Diamond Falls et les jardins du domaine

Sur l'ancien domaine sucrier de Soufrière Estate, un sentier fleuri d'alpinias et de balisiers conduit à la chute Diamond, dont la paroi change de teinte, ocre, gris, jaune, selon les minéraux charriés par l'eau. À côté subsistent des bains de pierre construits en 1784 pour les troupes de Louis XVI, sur recommandation médicale : le roi de France finançait alors des cures thermales aux Antilles. Certains bassins restaurés fonctionnent toujours. L'ensemble se situe à cinq minutes de route du débarcadère et se combine aisément avec le volcan dans une même demi-journée.

La mer au pied des Pitons

Entre les deux géants, la baie abrite des fonds parmi les plus riches de l'île, protégés par une aire marine gérée localement. L'anse Chastanet et sa voisine Anse Mamin, accessibles en bateau-taxi depuis le quai, offrent aux adeptes d'apnée des tombants coralliens à quelques mètres du rivage. Les plus sportifs rêveront devant Gros Piton, dont l'ascension guidée jusqu'à près de 800 mètres demande environ quatre heures aller-retour ; une escale ordinaire permet rarement de s'y risquer, et le sommet mérite qu'on revienne pour lui.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostageAncrage dans la baie, navette vers la jetée
Sulphur SpringsEnviron 3 km, 10 minutes en taxi
Diamond FallsEnviron 2 km, 5 minutes en taxi
Monnaie et langueDollar des Caraïbes orientales, dollar américain accepté ; anglais et créole

Quand la baie s'éloigne

Au départ, les passagers se massent sur les ponts : les Pitons rapetissent lentement dans le sillage, et personne ne range son appareil photo. Soufrière condense en quelques kilomètres carrés ce que la nature antillaise fait de plus intense, un cratère qui fume, une cascade minérale, des jardins créoles et deux montagnes sorties de la mer. Peu d'escales laissent une image aussi nette dans la mémoire d'un voyageur.