Rares sont les capitales antillaises qui s'annoncent aussi bien depuis le pont d'un navire. St George's grimpe en amphithéâtre autour d'un bassin en fer à cheval, toits de tuiles rouges en écailles de poisson, clochers géorgiens et forteresse perchée veillant sur l'ensemble. En approchant, il arrive qu'un parfum sucré traverse le vent : la Grenade cultive la muscade, le cacao et la cannelle depuis des siècles, et sa capitale en garde l'odeur à longueur d'année, comme d'autres gardent un accent.
Le Carenage, un bassin où la ville se regarde
Du terminal de Melville Street, dix minutes de marche mènent au Carenage, le plan d'eau intérieur où s'amarrent caboteurs et bateaux de pêche. Les goélettes de bois qui assurent encore la liaison vers Carriacou y chargent caisses et passagers comme au siècle dernier, sans grue ni conteneur. Les façades de brique et de pierre qui entourent le bassin datent des XVIIIe et XIXe siècles, époque où l'on carénait ici les voiliers marchands. Sur le quai, la statue du Christ des Abysses rappelle un épisode que les Grenadiens racontent volontiers : en 1961, le paquebot Bianca C prit feu dans la rade, et les pêcheurs sauvèrent la quasi-totalité des passagers avec leurs barques. Le soir, les habitants viennent marcher en famille sur ce quai qui fait office de place publique, cornet de crème glacée à la main.
Fort George, le meilleur balcon de la capitale
Bâti par les Français en 1705 sur la pointe qui ferme la rade, Fort George se gagne par une montée raide mais courte. Entre ses canons, le regard embrasse le bassin, les collines piquées de clochers et la côte qui file vers le sud. On redescend par le tunnel Sendall, percé en 1894 pour épargner la colline aux charrettes; piétons et voitures s'y croisent toujours, dans une pénombre fraîche de quelques dizaines de mètres qui débouche en plein marché.
Les épices, l'or local
Sur Market Square, les étals alignent noix de muscade, macis, bâtons de cannelle, fèves de cacao, feuilles de laurier et boules de chocolat brut, et les marchandes expliquent sans se faire prier comment râper, infuser ou mijoter chacun d'eux. À deux rues de là, la Maison du chocolat suit la fève de la plantation à la tablette et sert un cacao chaud corsé, dense comme un dessert. Le pays demeure l'un des premiers producteurs de muscade au monde : le surnom d'île aux épices n'a rien d'une invention publicitaire, et le sac de jute rapporté du marché embaumera la valise jusqu'au retour.
Grand Anse, pour finir les pieds dans l'eau
Depuis le Carenage, les navettes maritimes traversent la rade en une dizaine de minutes vers Grand Anse, trois kilomètres de sable blond en pente douce, ourlés d'une eau presque sans vagues. La traversée elle-même vaut le billet : la capitale défile en entier, du fort aux clochers. On y loue chaise et parasol, on y goûte un jus de canne pressé, puis on revient vers le navire par le même chemin, sel sur la peau et sac alourdi d'épices.
Quand le navire largue ses amarres, l'amphithéâtre de toits rouges glisse lentement vers l'arrière et la forteresse découpe sa silhouette sur le ciel. Il flotte encore à bord un parfum de muscade acheté le matin : la Grenade a cette façon discrète de monter à bord avec ses visiteurs.
Repères pratiques
- Le terminal de Melville Street touche le centre : Carenage à dix minutes à pied, Fort George à quinze.
- Navette maritime vers Grand Anse (quelques dollars américains); autobus locaux très économiques.
- Monnaie : dollar des Caraïbes orientales; dollars américains acceptés partout.
- Montée vers la citadelle raide et exposée : chaussures fermées et bouteille d'eau recommandées.


