James Bond a plongé ici avant tout le monde. En 1965, les équipes du film Opération Tonnerre choisissaient une grotte marine des Exumas pour y tourner leurs scènes sous-marines; soixante ans plus tard, Thunderball Grotto attire toujours les nageurs au large de Staniel Cay, minuscule île au centre de ce chapelet de trois cent soixante-cinq cayes qui court sur 200 kilomètres entre Nassau et Great Exuma. Les navires de croisière de petite taille y jettent l'ancre dans des eaux si transparentes que la coque semble flotter sur du verre.
Un village de poche au milieu des cayes
Staniel Cay compte une centaine d'habitants, une piste d'atterrissage, deux épiceries et des ruelles sablonneuses que l'on parcourt à pied ou en voiturette. Les annexes débarquent près du Staniel Cay Yacht Club, institution fondée dans les années 1950 dont le bar de bois, tapissé de fanions de yachts-clubs du monde entier, sert de place du village. Autour des pontons, des requins-nourrices tournent paisiblement en attendant les retailles des pêcheurs qui nettoient leur prise — un spectacle quotidien, gratuit et parfaitement sûr depuis la jetée. Une petite chapelle, une école et une poste complètent l'inventaire; tout le monde se salue, et le voyageur de passage est vite repéré, puis adopté.
La grotte de James Bond
À quelques minutes de bateau du mouillage, Thunderball Grotto perce un îlot rocheux en forme de dôme. On y pénètre à la nage, de préférence à marée basse, par une ouverture discrète; à l'intérieur, des puits de lumière tombent de la voûte et éclairent un bal de poissons tropicaux venus quémander leur pitance. L'endroit se visite avec un guide local, masque et tuba suffisent, et les nageurs moins aguerris peuvent se contenter d'approcher l'entrée où le courant reste faible en dehors des changements de marée.
Les célèbres cochons de Big Major Cay
La plage voisine de Big Major Cay, à une dizaine de minutes de navigation, héberge la colonie de cochons nageurs la plus photographiée de la planète. Nul ne sait exactement comment ces bêtes sont arrivées là — marins de passage, élevage abandonné, les théories abondent —, mais elles ont fait de cette anse leur royaume et nagent vers les embarcations dès qu'elles en entendent le moteur. L'expérience, encadrée par les guides, amuse autant les adultes que les enfants; on garde les doigts loin des museaux et les photos n'en sont que meilleures.
Bancs de sable et iguanes
Autour de Staniel Cay, chaque marée redessine des bancs de sable où l'on débarque pieds nus au milieu de nulle part, dans trente centimètres d'eau tiède. Certaines sorties poussent vers Bitter Guana Cay, dont les falaises basses abritent des iguanes des rochers, espèce menacée que l'on observe sans la nourrir. Les amateurs d'apnée trouveront un peu partout des têtes de corail à quelques mètres de profondeur, fréquentées par les raies aigles et les tortues vertes qui broutent les herbiers. Les pilotes locaux lisent ces eaux changeantes comme un livre ouvert et ajustent l'itinéraire du jour selon la marée, la lumière et le vent.
Conseils avant de descendre
- Consulter l'horaire des marées : la grotte se visite idéalement à l'étale de basse mer.
- Emporter des espèces; l'île fonctionne encore largement au comptant.
- Chaussures d'eau utiles pour les débarquements sur les bancs coquilliers.
- Le soleil se réverbère fort sur ces eaux claires : lunettes et écran solaire s'imposent.
Le soir venu, quand le navire remonte l'ancre, les cayes défilent une à une dans la lumière rasante, chacune posée sur son halo turquoise. On comprend alors pourquoi les navigateurs considèrent les Exumas comme l'un des plus beaux terrains de jeu des Amériques — et pourquoi tant d'entre eux reviennent, saison après saison, mouiller devant le petit village au bar tapissé de fanions.


