On débarque au milieu des scooters, des voiturettes de golf et d'une odeur de pain chaud. Terre-de-Haut, principale île des Saintes, mesure cinq kilomètres de long et ne compte presque pas de voitures : tout s'y gagne à pied ou en deux-roues, au rythme d'un village qui commence ses journées tôt et les étire longtemps. Le décor tient en trois couleurs — blanc des cases, rouge des toits, bleu de la rade — et il suffit d'une escale pour les retenir toutes.

Le bourg et son gâteau fétiche

La rue du bord de mer aligne boulangeries, boutiques et terrasses face aux barques de pêche, avec l'église et son clocher de pierre en point de repère. On y goûte le tourment d'amour, tartelette à la noix de coco que l'on mange tiède; la tradition raconte que les femmes de marins les cuisaient pour le retour des pêches. Les vendeuses en proposent dès l'arrivée des navettes, panier au bras, et il serait dommage de leur résister. Au-dessus des portes, certaines façades gardent des noms de familles arrivées il y a trois siècles. Les ruelles qui montent derrière la rue principale réservent des jardins secs, des murets de pierre et des points de vue que peu de passagers prennent le temps de chercher.

Le fort Napoléon et ses iguanes

Sur la colline au nord du village, une montée d'une vingtaine de minutes conduit au fort Napoléon, reconstruit au XIXe siècle et qui n'a jamais tiré un coup de canon. Ses salles abritent un musée consacré à l'archipel, à la pêche traditionnelle et à la bataille des Saintes; son jardin sec rassemble cactus, agaves et iguanes peu farouches qui posent volontiers pour les photographies. Des remparts, la vue embrasse toute la rade — l'une des perspectives les plus photographiées des Antilles françaises, et l'une des rares qui soit encore plus belle en vrai.

Pompierre, la plage des familles

À vingt-cinq minutes de marche vers l'est, l'anse de Pompierre trace un fer à cheval de sable protégé par des îlets, sous une rangée de cocotiers où quelques cabris viennent parfois quémander un fruit. L'eau y reste peu profonde sur des dizaines de mètres, idéale pour les enfants comme pour les nageurs contemplatifs. Les plus matinaux ont l'endroit pour eux seuls, avec les îlets pour unique horizon. Attention aux arbres marqués de rouge le long du rivage : ce sont des mancenilliers, toxiques, sous lesquels il ne faut ni s'abriter ni pique-niquer.

Le Pain de Sucre et le Chameau

Vers le sud-ouest, un sentier descend au pied du Pain de Sucre, dôme de basalte planté dans la rade; sa crique attire les amateurs d'apnée dans une eau dense de poissons-trompettes et de coraux de feu. Les marcheurs ambitieux s'attaquent plutôt au morne du Chameau, 309 mètres, point culminant des Saintes : une piste bétonnée y grimpe en une heure environ jusqu'à une vieille tour de guet en pierre. Là-haut, la Dominique ferme l'horizon au sud, la Guadeloupe au nord, et l'archipel entier tient dans un seul regard.

Au moment d'embarquer, il reste souvent un tourment d'amour dans un sac, du sel sur les épaules et du soleil plein les yeux. Terre-de-Haut tient dans une journée, mais elle occupe la mémoire bien plus longtemps que sa taille ne le laisse croire.

Repères pratiques

  • Les navettes accostent au cœur du bourg; tout le reste se fait à pied ou en scooter de location.
  • Location de deux-roues et de voiturettes près de l'embarcadère; permis exigé.
  • Monnaie : l'euro; prévoir des espèces pour les petits commerces.
  • Sentiers exposés et chaleur sèche : eau et chapeau indispensables, surtout pour le Chameau.