Un cheval traverse la route sans se presser, suivi de deux poulains. Personne ne klaxonne : à Vieques, les chevaux semi-sauvages ont priorité depuis toujours. Cette île de 33 kilomètres de long, ancrée à une dizaine de kilomètres à l'est de Porto Rico, accueille les navires de petite taille qui jettent l'ancre au large et déposent leurs passagers en navette, tantôt à Isabel Segunda sur la côte nord, tantôt à Esperanza sur la côte sud. D'un débarcadère à l'autre, le décor demeure le même : collines vertes, rivages déserts et une nature qui a repris tous ses droits.
Isabel Segunda et le dernier fort espagnol des Amériques
Le bourg principal s'étage autour de sa place, de son église et de ses commerces aux façades pastel. Sur la hauteur, le Fortín Conde de Mirasol mérite la courte montée : achevé au milieu du XIXe siècle, il fut le dernier ouvrage fortifié construit par l'Espagne dans le Nouveau Monde. Ses salles accueillent maintenant un musée d'histoire et d'art local qui résume bien le destin singulier de l'île. Un peu plus au nord, le phare de Punta Mulas veille sur le va-et-vient des traversiers venus de Ceiba.
Une réserve née d'une base militaire
Pendant six décennies, la marine américaine a occupé les deux extrémités de Vieques, y menant des exercices de tir qui ont soulevé une longue mobilisation citoyenne. Son départ, en 2003, a transformé l'ancienne zone militaire en refuge faunique national, le plus vaste des Caraïbes. Résultat inattendu : des kilomètres de littoral épargnés par toute construction. Les anses de La Chiva et de Caracas, accessibles par des chemins de terre dans la partie est, comptent parmi les rivages les plus intacts de l'archipel portoricain.
Sun Bay, le grand croissant du sud
À quelques minutes d'Esperanza, Sun Bay étire près de trois kilomètres de sable pâle bordés de cocotiers, avec vestiaires, surveillance et aires de pique-nique. Les chevaux y paissent parfois entre les palmiers, indifférents aux baigneurs. Des sentiers mènent du stationnement aux criques voisines de Media Luna et de Navío, plus intimes encore. Le hameau lui-même se résume à un malecón, cette promenade de bord de mer où s'alignent cantines et terrasses ; on y mange un poisson grillé face à l'îlot de Cayo Afuera avant de reprendre la route.
Mosquito Bay, la merveille nocturne
Vieques abrite la baie bioluminescente la plus brillante au monde, homologuée par le livre Guinness des records. Des milliards de micro-organismes y produisent une lueur bleutée à chaque mouvement de l'eau. Le phénomène ne se révèle qu'à la nuit tombée : seuls les passagers dont le navire prolonge l'escale en soirée pourront tenter l'expérience en kayak, avec un guide autorisé. Les autres garderont une raison de plus de revenir séjourner sur l'île.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
|---|---|
| Accostage | Ancrage au large, navettes vers Isabel Segunda ou Esperanza selon les compagnies |
| Sun Bay | À environ 1 km d'Esperanza, 8 km d'Isabel Segunda |
| Déplacements | Taxis-fourgonnettes locaux ; routes secondaires parfois non pavées |
| Monnaie et langue | Dollar américain ; espagnol et anglais |
Ce que l'île laisse derrière elle
Au moment de rembarquer, beaucoup de passagers réalisent qu'ils n'ont croisé ni feu de circulation ni centre commercial. Vieques offre exactement l'inverse des escales urbaines : du silence, des chevaux en liberté, des rivages sans parasols. L'île porte encore les cicatrices de son histoire militaire, mais elle en a fait une force, celle d'un territoire rendu à la nature et à ses habitants. On repart avec l'impression d'avoir entrevu les Caraïbes d'il y a cinquante ans.


