Des blocs de granit hauts comme des maisons, empilés en désordre au bord d'une mer translucide : rien d'autre, dans les Antilles, ne ressemble aux Baths de Virgin Gorda. Ces rochers arrondis, nés d'un magma refroidi en profondeur puis dégagés par des millions d'années d'érosion, composent un labyrinthe de grottes, de bassins et de passages où la lumière tombe en rayons obliques. C'est pour eux que les navires s'arrêtent ici, et l'escale entière peut s'organiser autour d'eux.

Spanish Town et le mouillage

Les paquebots restent à l'ancre et les annexes rejoignent le Virgin Gorda Yacht Harbour, la marina de Spanish Town, modeste capitale insulaire. Autour du bassin, un comptoir de plongée, des boutiques d'artisanat et des cafés sans prétention donnent le ton. Les taxis attendent à la sortie; le trajet vers l'entrée du parc national se compte en une dizaine de minutes, le long d'une côte piquetée de voiles. Les traversiers des îles voisines accostent au même bassin, si bien que la marina sert de carrefour à toute la vie insulaire.

Dans le labyrinthe des Baths

Depuis l'accueil du parc, un sentier descend sous les arbres jusqu'au premier chaos granitique. On progresse ensuite entre les masses de pierre, tantôt sur le sable, tantôt par des échelles de bois et des cordages, en se faufilant dans des salles où l'eau monte à mi-cuisse et où la lumière se teinte de vert. Les piscines naturelles invitent à la pause; le silence minéral, troublé par le seul clapot, ne ressemble à rien d'autre dans la région. Prévoir des chaussures qui acceptent l'eau et des mains libres. Le parcours complet, de l'accueil jusqu'au sable de l'autre versant, se boucle en une petite demi-heure sans les pauses; la plupart des passagers y consacrent pourtant des heures, tant chaque salle appelle la suivante.

Devil's Bay et Spring Bay

Le parcours débouche sur Devil's Bay, anse de sable blond enchâssée entre les rochers, idéale pour le masque et le tuba le long des blocs immergés où circulent sergents-majors et poissons-perroquets. Ceux qui préfèrent éviter les passages étroits rejoignent plutôt Spring Bay, voisine et accessible par la route : même décor de géants de pierre, moins d'affluence, eaux tout aussi limpides. Au-dessus de l'entrée du site, la terrasse du Top of the Baths ajoute une piscine et une vue plongeante sur les voiliers.

Savannah Bay et le nom de l'île

Si l'horaire de l'escale le permet, Savannah Bay déroule près d'un kilomètre et demi de sable rarement fréquenté, à quelques minutes au nord de Spanish Town. Non loin de la pointe sud, les ruines d'une ancienne mine de cuivre exploitée au XIXe siècle par des mineurs venus de Cornouailles se dressent encore face au large, vestige inattendu dans ce paysage de vacances. Les curieux d'histoire retiendront enfin que le nom de l'île remonte à Christophe Colomb : vue du large, sa silhouette allongée évoqua à l'équipage une « vierge corpulente », Virgin Gorda. Au centre de cette silhouette, le sommet de Gorda Peak culmine à 414 mètres dans un parc national d'un vert profond, que sillonnent quelques sentiers pour les marcheurs en quête de fraîcheur.

Au moment de remonter à bord, beaucoup gardent en mémoire une image précise : ce moment où, entre deux masses de granit, une salle entière s'est éclairée de reflets d'eau. Ce labyrinthe ne se raconte pas très bien; il se traverse, et il ne s'oublie pas.

Repères pratiques

  • Mouillage et transfert en annexe vers la marina de Spanish Town.
  • Arriver au parc tôt : les catamarans d'excursion affluent en milieu de journée.
  • Droit d'entrée modeste à l'entrée des Baths; chaussures d'eau fortement conseillées.
  • Le dollar américain est la monnaie officielle; taxis à tarifs réglementés.