Un clocher rouge posé dans l'axe exact du ponton : voilà la première image des Anses-d'Arlet, et elle reste longtemps en mémoire. Le débarcadère de bois s'avance dans une eau limpide, pointé droit vers la façade claire de l'église, avec les toits du bourg de part et d'autre et les mornes verts en toile de fond. Les navires demeurent au large, sur l'un des mouillages les mieux abrités de la côte caraïbe de la Martinique; la traversée en chaloupe dure quelques minutes à peine, le temps de voir le tableau se préciser.
Le bourg et son ponton
Une seule rue longe le rivage, bordée de cases créoles aux volets peints, de canots de pêche tirés au sec et de filets mis à sécher. L'église Saint-Henri, reconstruite au XIXe siècle après plusieurs cyclones, garde l'alignement parfait avec le débarcadère qui fait la renommée du lieu. On fait le tour du village en une demi-heure, sans se presser, en saluant les habitants installés à l'ombre des amandiers-pays. Le soir venu, quand les excursions repartent, la commune retrouve exactement le visage qu'elle avait au matin.
Des tortues devant le clocher
La baignade commence au pied du ponton. Les herbiers qui tapissent le fond de la baie nourrissent des tortues vertes, que l'on observe en apnée à quelques dizaines de mètres du bord. Masque et tuba suffisent; poissons-trompettes, orphies et bancs de sardines complètent le spectacle. La règle est affichée partout : se tenir à distance, ne rien toucher, et laisser les animaux remonter respirer en paix. Peu d'endroits aux Antilles offrent une rencontre aussi simple, à même la plage du bourg, sans bateau ni forfait.
Grande Anse, la voisine
Juste derrière la pointe, à cinq minutes en voiture ou vingt à pied par la route en corniche, Grande Anse déploie une longue courbe blonde piquée de parasols. Les casiers des pêcheurs sèchent encore à côté des restaurants de bord de mer, et les yoles rondes, héritage nautique de l'île, s'alignent sur la grève. L'eau calme en fait un terrain d'initiation rêvé pour la nage et le paddle, et les enfants y passent des heures à poursuivre les poissons-coffres.
Dufour et Noire, les jumelles contraires
Un peu plus au nord, deux criques se font face autour d'un même éperon : Anse Dufour, hameau de pêcheurs aux maisons serrées, et sa jumelle sombre, accessible par un escalier ombragé, où le sable volcanique presque noir tranche avec le vert des cocotiers. Dix minutes de route séparent le village de ce raccourci saisissant de géologie antillaise, très couru des amateurs de photographie sous-marine.
Le Morne Larcher en sentinelle
Au sud, la masse boisée du Morne Larcher ferme l'horizon et sépare la commune du Diamant. Son sentier exige deux bonnes heures aller-retour sous la chaleur : les marcheurs pressés se contenteront du point de vue routier qui domine la baie et laisse deviner, au large, le fameux rocher du Diamant, ancien théâtre d'une bataille navale entre Français et Anglais. La récompense vaut l'arrêt, surtout en fin de matinée quand la lumière frappe la mer.
La table des pêcheurs
Le midi, les grillades embaument le front de mer : thazard, vivaneau, accras dorés, jus de canne pressé. Les adresses tiennent souvent dans une paillote familiale où le menu dépend de la pêche du matin. On mange pieds nus face aux voiliers, et l'après-midi file doucement jusqu'au retour des chaloupes, quand le clocher rouge s'allume dans la lumière rasante.
Repères pratiques
- Mouillage réglementé sur bouées, réservé aux unités de taille modeste; débarquement au ponton du bourg.
- Monnaie : l'euro; plusieurs paillotes n'acceptent que les espèces.
- Dufour et sa voisine sombre se rejoignent en taxi en une dizaine de minutes; convenir du retour à l'avance.
- Crème solaire respectueuse des coraux fortement recommandée : les herbiers à tortues sont fragiles.


