Plus de huit cents langues se parlent en Papouasie-Nouvelle-Guinée, un record mondial pour un seul pays. Cette donnée dit tout de la mosaïque humaine qui attend les voyageurs à Port Moresby, capitale posée entre collines sèches et mer de Corail. Longtemps simple halte technique, la capitale s'ouvre peu à peu aux navires de passage et s'y prépare mieux qu'on ne l'imagine. L'escale demande un certain esprit d'aventure et un cadre organisé, mais elle ouvre une fenêtre sur l'un des territoires les plus singuliers de la planète, que très peu de voyageurs peuvent dire avoir foulé.
Une escale qui s'organise
Les navires s'amarrent au quai commercial, tout près du quartier historique appelé simplement « Town ». La zone portuaire demeure un espace de travail, et les compagnies encadrent les sorties : navettes et excursions guidées constituent la norme ici, une précaution qui simplifie du reste la logistique de la journée. Les principaux attraits se rejoignent en moins d'une heure de route, ce qui permet d'en combiner deux ou trois sans courir.
Le parc naturel, vitrine d'un monde perdu
À une vingtaine de minutes du port, le Port Moresby Nature Park rassemble sous ses frangipaniers la faune que la jungle papoue cache si bien : kangourous arboricoles au pelage roux, casoars au casque bleuté et, surtout, plusieurs espèces d'oiseaux de paradis dont les parades ont fasciné les naturalistes depuis des siècles. Les allées ombragées se parcourent en une heure ou deux, entre orchidées indigènes et volières où résonnent des chants d'oiseaux que l'on n'entend nulle part ailleurs ; les guides locaux racontent volontiers les liens entre ces animaux et les cultures des hautes terres. Pour beaucoup de passagers, c'est le seul endroit où ils verront ces créatures de leur vivant.
Masques, pirogues et parlement
Le Musée national et sa galerie d'art conservent une collection remarquable : masques cérémoniels du fleuve Sepik, pirogues de guerre, parures de plumes et coquillages-monnaies y témoignent de traditions toujours vivantes dans les provinces. À quelques minutes de là, le parlement national surprend par son architecture inspirée des haus tambaran, ces maisons des esprits aux façades sculptées ; la modernité politique s'y loge dans une forme ancestrale, image fidèle du pays tout entier.
Du front de mer aux collines
En ville, la promenade d'Ela Beach borde une longue plage urbaine ombragée, agréable pour une pause entre deux visites ; un marché d'artisanat s'y tient certains samedis, l'occasion d'acheter directement aux artisans venus des provinces. Les excursions plus complètes poussent vers le cimetière militaire de Bomana, à une trentaine de minutes, où reposent plus de 3 800 soldats tombés durant la campagne du Pacifique ; l'alignement des stèles blanches sous les grands arbres tropicaux impose un recueillement que même les groupes nombreux respectent d'instinct. Les amateurs de nature choisiront plutôt le parc national de Varirata, sur les hauteurs : après 45 minutes de route en lacets, des sentiers mènent à des belvédères d'où la côte entière se déploie, et les guetteurs patients y aperçoivent parfois l'oiseau de paradis raggiana, emblème du pays.
Préparer sa journée
Réservez les excursions à l'avance auprès du navire, emportez eau et chapeau, et gardez monnaie locale ou petites coupures pour l'artisanat : les vanneries et les sacs bilum tissés à la main comptent parmi les plus beaux souvenirs du Pacifique. La chaleur reste forte toute l'année ; les visites matinales sont les plus agréables.
Au moment où le navire s'écarte du quai, les collines fauves de la capitale s'estompent dans la brume de chaleur. On emporte de Port Moresby davantage de questions que de réponses, et c'est peut-être le plus beau cadeau d'une escale : celui d'avoir entrevu un monde immense, complexe, dont quelques heures à terre n'auront soulevé qu'un coin du voile.


