Arriver à Portland par le fleuve, c'est entrer dans la ville par sa porte d'origine. Les navires fluviaux qui descendent la Columbia bifurquent dans la Willamette et viennent s'amarrer en plein centre, là où les quais de bois accueillaient jadis les vapeurs chargés de blé et de bois d'œuvre. Depuis la passerelle, les tours du centre se reflètent dans l'eau, une douzaine de ponts enjambent le fleuve et, par temps clair, le cône enneigé du mont Hood flotte au-dessus de l'horizon.
Un centre qui se parcourt à pied
Le grand luxe de cette escale tient en une phrase : tout le centre se rejoint à pied depuis le quai. Le parc riverain Tom McCall déroule ses pelouses le long de la Willamette, ponctué de fontaines et de cerisiers, et mène en quelques minutes aux quartiers historiques. Portland cultive une échelle humaine rare pour une métropole américaine : rues courtes, tramways fréquents et une politique piétonne qui fait des envieux sur toute la côte Ouest.
La ville des roses
Sur les hauteurs du parc Washington, l'International Rose Test Garden aligne plus de dix mille rosiers en terrasses face à la silhouette du mont Hood. Fondé pendant la Première Guerre mondiale pour préserver les variétés européennes, ce jardin d'essai centenaire vaut à Portland son surnom de ville des roses ; la floraison bat son plein de juin à septembre. Quelques allées plus haut, le jardin japonais, conçu avec un soin extrême, fait alterner érables, lanternes de pierre et pavillons de bois ; beaucoup le considèrent comme l'un des plus fidèles jamais aménagés hors du Japon.
Powell's, Pearl District et comptoirs de rue
Au cœur du quartier des affaires, la librairie Powell's City of Books occupe un pâté de maisons entier et se revendique la plus grande librairie indépendante du monde : un plan est remis à l'entrée pour s'orienter parmi les rayons neufs et d'occasion, et l'on y perdrait volontiers son après-midi. Autour, l'ancien quartier des entrepôts devenu Pearl District aligne galeries, brasseries artisanales et cafés de torréfacteurs. À l'heure du dîner, les regroupements de comptoirs de rue, institution locale, servent une cuisine du monde entier à prix doux, du taco coréen à la poutine revisitée. Les fins de semaine, une bonne partie de l'année, le marché d'artisans installé près du pont Burnside ajoute ses étals de céramique, de bijoux et de sirops de petits fruits au bord du fleuve. Le jardin chinois Lan Su, construit par des artisans venus de Suzhou, ménage quant à lui une parenthèse de bassins et de pavillons en plein cœur des tours.
Vers la gorge de la Columbia
Les escales prolongées permettent une échappée vers la gorge de la Columbia, à environ 45 minutes de route. La chute de Multnomah y tombe de près de 190 mètres en deux paliers, enjambée par une passerelle de pierre qui semble dessinée pour les photographes. Belvédères et sentiers se succèdent le long de la route panoramique historique, entre falaises de basalte et vergers.
Avant de partir arpenter les rues
Prévoyez des chaussures de marche et un imperméable léger, fidèle compagnon du climat local. L'Oregon ne prélève aucune taxe de vente, détail que les magasineurs apprécient. Le tramway et les autobus complètent la marche pour rejoindre le parc Washington, perché sur les collines.
Lorsque le navire reprend le fil de la Willamette, les ponts défilent un à un au-dessus des passagers rassemblés sur le pont supérieur, chacun avec sa silhouette propre, du treillis vert du Hawthorne aux haubans blancs du Tilikum. Portland se quitte comme on referme un bon roman acheté chez Powell's : avec le sentiment d'avoir rencontré une ville qui a choisi la douceur de vivre, et l'envie d'en relire des chapitres.


