Quarante mille colonnes de basalte à moins d'une demi-heure du débarcadère : voilà ce qui distingue Portrush de presque toutes les escales des îles Britanniques. La petite station balnéaire nord-irlandaise, posée sur une presqu'île entre deux longues plages, sert de porte d'entrée à la côte de la Chaussée des Géants, l'un des littoraux les plus spectaculaires d'Europe. Les navires mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe au quai du havre, en plein centre. L'escale se résume à un choix heureux : rayonner le long de cette côte volcanique ou savourer la station elle-même.

Ramore Head, premier tour d'horizon

Avant de filer vers les autocars, accordez-vous le sentier de Ramore Head, une boucle côtière d'une quinzaine de minutes qui part du débarcadère. Depuis la pointe herbeuse, la vue embrasse les falaises sombres de la côte d'Antrim, les îles Skerries au large et, par temps clair, les collines d'Écosse. C'est un excellent résumé de ce que la journée réserve : de la roche volcanique, de l'herbe rase et une mer qui change de couleur à chaque nuage.

La Chaussée des Géants, l'orgue de pierre

Le site le plus couru de la journée se trouve à une quinzaine de kilomètres à l'est. Née d'anciennes coulées volcaniques, la Chaussée des Géants aligne ses dizaines de milliers de colonnes hexagonales qui descendent dans l'Atlantique comme les marches d'un escalier de titan; la légende y voit l'œuvre du géant Finn McCool. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, unique site nord-irlandais à porter ce titre, l'endroit se parcourt à pied depuis le centre d'accueil par un chemin en pente douce. Comptez environ deux heures sur place pour marcher jusqu'aux orgues, grimper aux points de vue et laisser passer les averses. Des sentiers de falaise prolongent la balade vers les baies voisines pour qui souhaite fuir l'affluence.

Dunluce, le château au bord du vide

Sur la route du site, les ruines du château de Dunluce se dressent sur un promontoire rongé par la mer. Bâtie à partir du treizième siècle, la forteresse des clans MacQuillan puis MacDonnell semble prête à basculer dans les vagues; une partie de ses cuisines s'est d'ailleurs effondrée dans la mer au dix-septième siècle, selon le récit local. L'arrêt vaut la peine, ne serait-ce que pour la silhouette des tours découpées sur l'Atlantique. L'autobus 402, qui relie le centre aux orgues de pierre, s'y arrête en chemin; taxis et excursions organisées font de même, avec des départs à quelques rues du havre.

Plages, arcades et pause gourmande

De retour dans la station, deux grandes plages encadrent la presqu'île : East Strand, longue courbe de sable adossée aux dunes, et West Strand, tournée vers le couchant. Les surfeurs s'y donnent rendez-vous toute l'année, et les jours de houle, les rouleaux de l'Atlantique offrent un spectacle gratuit depuis la promenade. Le centre garde un air de vacances à l'ancienne, avec ses salons de crème glacée, ses arcades et ses comptoirs de poisson frit. Les amateurs de golf reconnaîtront aussi le parcours de Royal Portrush, hôte de l'Omnium britannique, dont les allées vallonnées longent la mer à la sortie de la station; les années de tournoi, toute la région vit au rythme du golf.

Remonter à bord

Au retour, l'annexe s'éloigne d'une côte qui semble taillée à la hache : falaises noires, herbe verte, écume blanche. Portrush aura offert une journée dense en images fortes, et pourtant la carte de la région donne le vertige : cordes de Carrick-a-Rede, distillerie de Bushmills, vallées d'Antrim. Ce littoral-là ne se referme pas après une seule visite; il se contente de donner le ton.