Un arc de sable clair posé sur l'océan, un nuage d'ailes au-dessus, et rien d'autre jusqu'à l'horizon. Half Moon Caye occupe la pointe sud-est de l'atoll de Lighthouse Reef, à près de 90 kilomètres des côtes du Belize, et n'appartient à personne sinon aux fous à pattes rouges qui y nichent par milliers. Premier territoire protégé du pays et l'une des premières réserves marines d'Amérique centrale, l'îlot ne reçoit que de petits groupes : navires de taille réduite, voiliers de croisière et catamarans venus pour la journée, dont les annexes se faufilent entre les patates de corail jusqu'à la plage.
Un monument naturel de dix-huit hectares
L'île entière se parcourt en moins d'une heure, et pourtant elle concentre deux mondes. Côté est, une cocoteraie ouverte sur des plages de sable corallien; côté ouest, une forêt dense d'arbousiers d'orange — le ziricote — fertilisée depuis des siècles par le guano des colonies d'oiseaux. La Belize Audubon Society, gardienne des lieux depuis 1982, y entretient quelques sentiers, un centre d'accueil et des règles simples : rien ne se cueille, rien ne se laisse, tout se regarde. Près du débarcadère subsistent les vestiges du phare qui donna son nom à l'atoll et guida longtemps les voiliers vers les passes. Le statut de monument naturel, intégré au bien du patrimoine mondial de la barrière bélizienne, protège aussi les eaux qui l'entourent.
La plateforme aux quatre mille oiseaux
Au bout d'un sentier ombragé, une plateforme d'observation hisse le visiteur à hauteur de canopée, au cœur de la colonie. Le spectacle laisse sans voix : des milliers de fous à pattes rouges, forme claire rare dans les Caraïbes, couvent à quelques mètres, tandis que les frégates gonflent leur poche écarlate en planant au-dessus des nids, guettant l'occasion d'un larcin. Le vacarme, l'odeur, le va-et-vient des ailes composent une scène que l'on n'oublie pas. En chemin, les iguanes et les grands crabes terrestres traversent le sentier sans se presser — l'homme, ici, n'est qu'un invité de passage.
Le tombant, cathédrale sous-marine
À courte distance de la plage, le fond bascule d'un coup : le Half Moon Caye Wall plonge vers l'abîme, tapissé d'éponges-barils et de gorgones, patrouillé par les tortues, les mérous et les requins de récif. Les plongeurs bouteille en font l'un des sites majeurs des Caraïbes; les nageurs avec masque et tuba trouvent leur bonheur sur le platier, dans deux à cinq mètres d'une eau d'une transparence irréelle. Le célèbre Blue Hole, cette doline circulaire rendue mondialement connue par Cousteau, s'ouvre dans le même atoll, à quelques milles marins.
Une journée sans infrastructures — et c'est tant mieux
Aucun bar, aucune boutique, aucun bruit de moteur : les visiteurs apportent ce dont ils ont besoin, souvent sous forme de pique-nique servi par l'équipage sous les cocotiers. Les tortues imbriquées et caouannes viennent pondre sur les plages en saison, ce qui vaut quelques zones balisées à respecter. On passe la journée entre baignade, sieste et allers-retours vers la plateforme, dans un dénuement qui repose de tout. Une centaine d'espèces d'oiseaux ont été recensées ici au fil des migrations, et les jumelles passent de main en main sous les cocotiers.
À prévoir
- Écran solaire sans oxybenzone, exigé dans les eaux protégées du récif.
- Chaussures d'eau et chapeau; l'ombre se limite aux cocoteraies.
- Droit d'entrée du monument généralement inclus dans l'excursion — vérifier auprès du navire.
- Jumelles vivement conseillées pour la colonie et les frégates.
Quand l'annexe s'éloigne, le croissant de sable rétrécit jusqu'à n'être qu'un trait clair sous le nuage d'ailes qui ne se pose jamais tout à fait. Peu d'escales des Caraïbes offrent si peu à faire et tant à contempler; Half Moon Caye rappelle, mieux qu'aucun discours, ce que la mer donne quand on la laisse simplement tranquille.