Six hectares de sable et de cocotiers posés directement sur la crête de la barrière de corail : South Water Caye compte parmi les plus petites escales du Belize, et parmi les plus privilégiées. Seuls de rares navires de poche et unités d'expédition s'arrêtent dans ces parages; ils mouillent au large et confient leurs passagers aux annexes, pour un débarquement souvent pieds nus, à même le rivage.
Le récif à quelques brasses
L'îlot doit sa réputation à un privilège que peu d'endroits offrent : le tombant commence pratiquement à la ligne de nage. Masque et tuba suffisent. On entre dans l'eau côté sud et l'on survole aussitôt un jardin de coraux cornes d'élan, de gorgones et d'éponges barriques, fréquenté par les poissons-anges, les tortues et les raies pastenagues. Nul besoin de bateau, d'horaire ni de guide : le spectacle se trouve là, à portée de palmes, ce qui explique pourquoi les biologistes considèrent ce secteur comme l'un des mieux préservés de la barrière bélizienne. Les équipes des navires d'expédition fournissent en général le matériel et encadrent les mises à l'eau; les nageurs moins assurés peuvent se contenter du lagon intérieur, calme et peu profond. En matinée, avant que l'alizé ne se lève, la surface reste souvent lisse : c'est le moment que choisissent les habitués.
Une réserve inscrite à l'UNESCO
Les eaux environnantes forment la réserve marine de South Water Caye, près de 47 000 hectares d'herbiers, de mangroves et de formations coralliennes, l'une des plus vastes aires protégées du pays et l'une des composantes du site du patrimoine mondial de l'UNESCO dédié aux coraux du Belize. À courte distance, l'îlot de Carrie Bow Caye abrite une station de recherche du Smithsonian, où des scientifiques étudient ces écosystèmes depuis les années 1970; les îles jumelles de Twin Cayes, elles, cachent dans leurs racines de palétuviers une pouponnière de poissons juvéniles. Cette mosaïque d'habitats explique la densité de vie observée à chaque mise à l'eau : ce qui grandit dans les racines vient ensuite peupler les coraux, sous les yeux des visiteurs d'un jour. Les gardes patrouillent régulièrement le secteur et rappellent au besoin les règles simples qui protègent cet équilibre : ne jamais prendre appui sur le fond vivant, garder ses distances avec les tortues, remonter tout déchet croisé en chemin.
Une journée sans routes ni moteurs
À terre, aucun véhicule, aucune rue : des sentiers de sable relient quelques hébergements discrets, des hamacs tendus entre les troncs et une poignée de tables où l'on sert le poisson du jour. Les pélicans plongent à quelques mètres des baigneurs, les frégates tournoient au-dessus des cocotiers, et le bruit dominant reste celui du ressac sur le platier. La journée s'organise d'elle-même : nager, lire, marcher le tour de l'îlot en vingt minutes, recommencer. Vers midi, l'ombre des cocotiers devient le bien le plus recherché; en fin d'après-midi, la lumière rasante transforme le platier en miroir cuivré, et les appareils photo ressortent des sacs étanches.
Au moment de remonter dans l'annexe, la plupart des passagers se retournent une dernière fois : peu d'escales tiennent tout entières dans un seul regard, et celle-ci laisse le sentiment d'avoir approché le récif comme le connaissent les chercheurs et les pêcheurs de Dangriga, la ville côtière située à une vingtaine de kilomètres. Un privilège de petit navire, tout simplement.
Repères pratiques
- Escale confidentielle, réservée aux petites unités; débarquement en annexe, parfois les pieds dans l'eau.
- Aucun commerce développé : apporter écran solaire sans danger pour les coraux, chapeau et chaussures de récif.
- Le dollar bélizien s'échange à deux pour un dollar américain; l'anglais est la langue officielle.
- La baignade se fait en zone protégée : ne rien toucher, ne rien rapporter.