Il faut tendre l'oreille en débarquant à Sobra : on n'entend presque rien. Un moteur de barque, des cigales, le clapot contre le quai — Mljet est l'île la plus boisée de l'Adriatique croate, couverte aux trois quarts de pins d'Alep et de chênes verts, et ce silence végétal constitue son premier luxe. Les navires qui s'y arrêtent mouillent devant ce petit port de la côte nord, d'où la route serpente vers l'ouest en offrant à chaque virage une échancrure turquoise entre les arbres.
Un parc national posé sur la mer
Tout l'ouest de l'île forme depuis 1960 un parc national organisé autour de deux lacs d'eau salée, Veliko et Malo jezero, reliés à la mer par des chenaux si étroits qu'on les franchit d'un pas de pont. Depuis Sobra, le transfert routier demande environ quarante-cinq minutes; la plupart des excursions l'incluent. Les navires plus petits mouillent parfois directement à Polače, au fond d'une anse abritée où les murs d'un palais romain du IVe siècle encadrent toujours la rue du village. Une fois passé l'entrée, plus aucun véhicule : on circule à pied, à vélo ou en barque électrique sur des sentiers qui épousent les rives, sous un couvert de pins où la lumière tombe en taches mouvantes. Les locations de vélos se trouvent aux deux entrées, et le tour complet du grand lac se boucle sans effort en une heure et demie de pédalage tranquille.
L'îlot Sainte-Marie et son monastère
Au milieu du grand lac émerge un îlot coiffé d'un monastère bénédictin du XIIe siècle, dont l'église romane et le cloître se visitent entre deux cafés pris à la terrasse attenante. L'embarcation comprise dans le billet d'entrée y conduit en une dizaine de minutes depuis le petit débarcadère de Pristanište. Les moines ont quitté les lieux depuis longtemps, mais l'endroit conserve une paix particulière — on parle bas sans se le faire demander. Le tour de l'îlot à pied prend une quinzaine de minutes, entre agaves et pins penchés sur l'eau.
Se baigner dans un lac au milieu d'une île
Le petit lac, moins profond, se réchauffe plus vite que la mer environnante : sa température dépasse souvent celle de l'Adriatique de plusieurs degrés. On s'y glisse depuis les pontons de bois du Mali Most, entre deux tours de vélo. Nager dans une eau salée et tiède, cernée de forêt, au centre d'une île elle-même cernée de mer : la sensation, difficile à décrire, justifie à elle seule le détour par Mljet. Serviette et maillot suffisent; les grands arbres font office de cabine et de parasol.
La légende d'Ulysse et les mangoustes
L'île cultive deux histoires singulières. La première veut qu'Ulysse ait passé sept ans ici, retenu par la nymphe Calypso dans une grotte marine de la côte sud, près de Babino Polje, où les barques conduisent les curieux quand la mer le permet. La seconde est plus récente : en 1910, l'administration autrichienne importa des mangoustes indiennes pour éliminer les vipères. Les serpents ont disparu — et les petites carnivores trottent encore dans les fourrés, seul héritage impérial à quatre pattes de l'Adriatique.
À savoir avant de partir
| Élément | Détail |
| Accostage | Ancrage devant Sobra, débarquement en navette |
| Parc national | Environ 45 minutes de route depuis Sobra |
| Îlot Sainte-Marie | Navette lacustre comprise avec le billet d'entrée |
| Monnaie et langue | Euro ; croate, anglais courant |
Le vert après le bleu
Dans un itinéraire dalmate rythmé par les remparts et les campaniles, Mljet agit comme une respiration. Pas de monument majeur, pas de file d'attente : des arbres, deux lacs, un cloître et le temps qui ralentit. Beaucoup de voyageurs avouent au retour que c'est cette journée-là, la plus simple, qui leur revient d'abord en mémoire.