Bien avant les tours, ce sont les marais qui annoncent Aigues-Mortes. La péniche avance sur le canal du Rhône à Sète entre des nappes d'eau plate où pêchent aigrettes et flamants roses, dans un paysage si horizontal que le regard porte à des kilomètres. Puis une muraille rectangulaire se détache de la plaine, intacte depuis sept siècles, sans la moindre colline pour la soutenir. L'amarrage se fait au pied de l'enceinte : quelques dizaines de mètres séparent la passerelle de la porte de la Gardette.

La cité de Saint Louis

Au milieu du XIIIe siècle, le royaume de France ne possédait aucun accès direct à la Méditerranée. Louis IX fit aménager ce mouillage au milieu des étangs et s'y embarqua pour la croisade en 1248, puis de nouveau en 1270. Ses successeurs achevèrent les remparts : un quadrilatère de 1 640 mètres, percé de portes et ponctué de tours, que les siècles ont laissé pratiquement intact. Aucune reconstruction tardive, aucun ajout décoratif ; simplement la pierre blonde d'origine, posée sur le sable, face au vent du large.

La tour de Constance

À l'angle nord-ouest se dresse un donjon circulaire de 33 mètres qui servit longtemps de prison d'État. Des huguenotes y furent enfermées après la révocation de l'édit de Nantes ; Marie Durand y passa trente-huit années, et l'on attribue à sa main le mot « REGISTER » (résister) gravé sur la margelle du puits, toujours visible dans la salle haute. Le billet donne aussi accès au chemin de ronde. Là-haut, le panorama embrasse les toits serrés du bourg, les étangs et les salines qui brillent au sud.

Le damier des rues

En redescendant, impossible de se perdre : les rues furent tracées au cordeau dès la fondation, selon un plan en damier hérité des villes neuves du Moyen Âge. La place Saint-Louis, ombragée de platanes autour de la statue du roi, aligne terrasses, glaciers et boutiques de producteurs. Juste à côté, l'église Notre-Dame-des-Sablons, plus ancienne que les remparts, surprend par ses vitraux contemporains qui teintent la nef de bleus et d'ors francs. Comptez une heure de flânerie pour en faire le tour, davantage si les étals de la halle vous retiennent.

Les salins et le pays des taureaux

À trois kilomètres des portes, les Salins d'Aigues-Mortes se parcourent en petit train ou à vélo. Une micro-algue donne aux bassins leur teinte rose, spectaculaire en été, et les sauniers y récoltent encore la fleur de sel à la main. Les camelles, ces collines blanches entassées après la récolte, se voient depuis les remparts. Tout autour commence la Camargue : taureaux noirs, chevaux blancs, roselières et manades, un territoire qui s'explore en excursion organisée quand l'escale dure la journée.

L'escale en bref

ÉlémentDétail
AmarrageAu pied de la muraille, sur le canal du Rhône à Sète
Centre ancien5 minutes à pied par la porte de la Gardette
Enceinte et tour de ConstanceBillet combiné, environ 1 h 30 de parcours
SalinsÀ 3 km, en petit train, à vélo ou en excursion
Monnaie et langueEuro ; français

Le goût qui reste

Au moment de larguer les amarres, la muraille s'éloigne lentement derrière les roseaux. Il reste sur les lèvres un souffle salé, dans les yeux des images de pierre blonde et d'eau rose, et cette idée singulière : un roi a bâti ici un embarcadère pour partir au bout du monde, et c'est aujourd'hui l'un de ces lieux où l'on aurait plutôt envie de rester.