La Loire n'obéit à personne. Libre de barrages sur tout son cours aval, elle déplace ses bancs de sable au gré des crues et impose son niveau aux navigateurs. Il a fallu concevoir un bateau exprès pour elle : le Loire Princesse, propulsé par des roues à aubes et taillé pour les faibles profondeurs, dont les pontons d'Ancenis ont été aménagés sur mesure. On débarque à quelques minutes du centre ancien, sur cette rive qui regardait autrefois la Bretagne droit dans les yeux.
La porte de la Bretagne
Pendant des siècles, la frontière entre le duché breton et le royaume de France passait ici. Le château d'Ancenis, fondé en 984 par les ducs de Bretagne, verrouillait le fleuve ; on y signa en 1468 le traité qui scella la soumission de François II face à Louis XI, prélude au rattachement du duché au royaume. L'intérieur ne se visite pas, mais le tour extérieur des douves et du parc révèle un logis Renaissance greffé sur les tours médiévales, avec de belles échappées sur la vallée.
Le bourg entre deux régions
Autour de l'église Saint-Pierre, les ruelles alignent logis anciens, demeures d'armateurs fluviaux et devantures de pays. La descente naturelle mène aux quais, où l'activité de la marine de Loire fit longtemps la fortune locale : vins, sel et toiles transitaient par ici avant le chemin de fer. Le pont suspendu qui enjambe le fleuve relie aujourd'hui symboliquement Bretagne et Anjou ; en aval, le donjon médiéval d'Oudon surveille toujours le passage des bateaux, comme au temps des péages seigneuriaux. Traverser le pont à pied, au-dessus des bancs de sable blond, donne la mesure du courant et de ses humeurs.
Du Bellay sur l'autre rive
Juste en face, côté Anjou, le village de Liré a vu naître Joachim du Bellay. C'est en pensant à ces coteaux qu'il écrivit « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage », soupirant après la douceur angevine depuis son exil romain. Le paysage qu'il regrettait est resté lisible : prairies inondables, peupliers, clochers d'ardoise. Peu d'escales offrent ainsi un poème entier en guise de panorama.
Les vignes des coteaux
Les coteaux d'Ancenis produisent des vins encore confidentiels : un rouge léger issu du gamay et une malvoisie moelleuse qui accompagne les fromages de la région. Plusieurs domaines des environs reçoivent les voyageurs pour une dégustation, souvent proposée en excursion par les compagnies fluviales. Les amateurs de plein air préféreront peut-être l'itinéraire cyclable balisé qui longe la rive et se prête à une heure d'échappée entre deux villages.
L'escale en pratique
| Élément | Détail |
| Amarrage | Ponton fluvial aménagé pour le Loire Princesse |
| Centre ancien | 10 minutes à pied |
| Château | Extérieurs et parc seulement |
| Liré et la vallée | Par le pont suspendu, à pied ou à vélo |
| Monnaie et langue | Euro ; français |
Ce que dit le fleuve
Quand les roues à aubes se remettent à battre l'eau, Ancenis retourne à son silence de frontière apaisée. Le voyageur emporte une image rare : celle d'un grand fleuve laissé libre, avec ses îles mouvantes et ses sternes, et d'une petite cité qui a appris depuis mille ans à vivre à son rythme plutôt qu'à le contraindre.