Pendant plus d'un siècle, des centaines de chaloupes ont quitté cette baie du Finistère chaque nuit, à la recherche des bancs de sardines qui faisaient vivre toute la côte. Les conserveries ont fermé une à une, mais l'odeur d'iode, les coques colorées et les maisons de pêcheurs serrées au-dessus de l'eau racontent encore cette aventure. Depuis le pont du navire, on distingue une petite île boisée, l'entrée d'une ria et des quais tranquilles : Douarnenez se dévoile sans hâte, à la mesure de la Bretagne.
Le Port-Rhu, une ria apprivoisée
Les premiers pas mènent tout naturellement vers le Port-Rhu, cet ancien bras de mer où transitaient jadis les marchandises. Ses quais alignent aujourd'hui boutiques, cafés et bateaux amarrés, dans une atmosphère de village maritime. Une passerelle piétonne enjambe le plan d'eau; depuis la rive opposée, plus paisible, la vue embrasse d'un seul regard les mâts, le large et l'île Tristan. C'est l'endroit rêvé pour prendre le pouls de l'escale avant d'aller plus loin. Les terrasses s'animent dès la fin de l'avant-midi; on y commande un café ou une crêpe en regardant manœuvrer les plaisanciers, pendant que les vitrines des artisans donnent un avant-goût des savoir-faire de la presqu'île.
Un musée où l'on monte à bord
En bordure de ces mêmes quais, le Port-musée réserve la belle surprise de la journée. Ses 1 500 mètres carrés d'exposition réunissent une vingtaine d'embarcations grandeur nature et des objets venus des cultures maritimes d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Océanie. Huit bateaux flottent le long du bassin, dont quatre se parcourent de la cale au pont : le remorqueur à vapeur Saint-Denys, le baliseur Roi Gradlon, la gabare Dieu Protège et le galéas Anna Rosa. On y descend des échelles, on y touche le bois patiné, on y devine la vie des équipages. Rares sont les musées qui offrent une telle intimité avec la mer.
L'île Tristan, quand la marée le veut bien
Juste en face, l'île Tristan intrigue depuis l'arrivée. À marée basse, on la rejoint à pied sec en quelques minutes, le temps d'une traversée qui prend des airs d'expédition. Un jardin aux essences exotiques y prospère, protégé des vents du large. Avant de s'engager, une seule précaution : consulter l'horaire des marées, car la mer reprend vite ses droits et l'aller-retour se planifie. Ceux qui préfèrent la terre ferme profiteront du même tableau depuis la passerelle du Port-Rhu, les pieds au sec. La traversée elle-même, quelques centaines de mètres sur l'estran humide entre flaques et algues, reste pour beaucoup le grand souvenir de la journée.
Sur les traces de la sardine
Pour comprendre ce qui a façonné la cité, le Chemin de la Sardine déroule un parcours gratuit d'environ deux heures dans les rues. Une centaine de clous de bronze en forme de poisson, scellés dans le sol, relie dix-sept panneaux illustrés de photographies anciennes : on y suit les usines, les équipages, les fêtes et les luttes ouvrières qui ont marqué la mémoire locale. La tradition attribue d'ailleurs à Douarnenez la naissance du kouign-amann. Les boulangeries du centre permettent de vérifier, beurre et sucre à l'appui, que la recette n'a rien perdu de sa générosité.
La baie pour horizon
S'il reste du temps, le front de mer mérite une dernière flânerie. La baie s'étend en arc de cercle jusqu'aux caps lointains, ponctuée de voiles blanches par beau temps. Les bancs face à l'eau invitent à s'asseoir un moment, un sachet de caramels au beurre salé à portée de main, pour regarder la lumière changer sur les flots — un spectacle dont les peintres et les promeneurs ne se sont jamais lassés.
Le retour vers le navire se fait à pas lents, en longeant une dernière fois les coques amarrées du Port-Rhu. Cette baie bretonne ne retient pas ses visiteurs : elle leur confie plutôt un morceau de sa mémoire, une odeur de beurre chaud, le cliquetis des drisses dans le vent. Il suffira ensuite de fermer les yeux, au large, pour y être encore.