Sous les collines arides qui entourent Lavrion dort l'argent qui a payé la flotte d'Athènes. Ce port de l'Attique, à environ 65 kilomètres au sud-est de la capitale grecque, fut l'un des plus grands centres miniers du monde antique : ses filons ont financé les trières victorieuses des guerres médiques et les fameuses chouettes d'argent, monnaie de la cité athénienne. Le voyageur qui débarque ici pose donc le pied sur un sol chargé d'histoire, à courte distance de l'un des temples les plus photographiés de Grèce.
Une cité minière au bord de l'Égée
Le front de mer aligne caïques de pêche et traversiers en partance vers Kéa et Kythnos, premières Cyclades au large. À quelques rues du débarcadère, la halle du marché aux poissons, construite en 1885 par la Compagnie hellénique des mines, demeure le rendez-vous matinal des habitants : dorades et poulpes luisent sur la glace, les vendeurs interpellent les passants, et l'odeur d'iode se mêle à celle du café grec. Autour de la place principale, tavernes et bars à ouzo servent des mezze avec la pêche du jour ; difficile de trouver ambiance plus locale. Les rues voisines conservent demeures bourgeoises et bâtiments industriels du XIXe siècle, témoins de l'époque où les compagnies minières française et grecque faisaient de la localité une cité ouvrière prospère.
La mémoire de l'argent
Les curieux d'histoire industrielle trouvent ici un terrain d'exploration rare. Le Musée minéralogique, installé dans le dernier bâtiment d'une grande laverie de minerai à vapeur datant de 1873, expose des cristaux d'une variété étonnante, dont certains spécimens uniques au monde. Le Parc technologique et culturel occupe pour sa part les anciennes installations de la Compagnie française des mines, bel exemple d'architecture industrielle réhabilitée. Aux abords de la localité, le théâtre antique de Thorikos et les vestiges des laveries où l'on traitait le minerai il y a vingt-cinq siècles rappellent que l'exploitation du sous-sol commença ici dès la plus haute Antiquité, bien avant l'âge classique.
Le cap Sounion et le temple de Poséidon
L'excursion reine demeure toutefois le cap Sounion, à huit à dix kilomètres au sud. Sur ce promontoire battu par les vents, le temple de Poséidon dresse ses colonnes de marbre blanc extrait des carrières voisines d'Agrileza. Construit entre 444 et 440 avant notre ère, à l'époque de Périclès, il servait de repère aux marins rentrant vers Athènes ; il salue aujourd'hui les navires qui croisent au large. Depuis la terrasse du sanctuaire, la mer Égée s'étend à perte de vue, ponctuée d'îles et de voiles blanches. Les couchers de soleil y sont réputés dans toute la Grèce, mais la lumière du matin, plus douce et sans la foule, comble tout autant les photographes.
| Repère | Distance approximative |
| Cap Sounion et temple de Poséidon | 8 à 10 km |
| Théâtre antique de Thorikos | Aux abords immédiats de la localité |
| Athènes et l'Acropole | Environ 65 km |
Athènes en option
Certains passagers profitent de l'escale pour rejoindre la capitale et son Acropole. Le trajet demande cependant une bonne heure de route dans chaque sens : mieux vaut réserver cette option aux longues journées à quai. Ceux qui restent dans les environs y gagnent une journée sans hâte, entre marbre antique, mezze et conversations de taverne, avec le sentiment d'avoir vu une Grèce qui travaille plutôt qu'une Grèce qui pose.
En regagnant la passerelle, jetez un dernier regard vers les collines trouées de galeries. Des générations de mineurs y ont extrait la richesse d'une civilisation entière. Lavrion ne cherche pas à séduire ; elle raconte, avec une franchise d'ancienne cité ouvrière, comment l'argent de son sous-sol a changé le cours de l'histoire, et cette leçon-là vaut bien des monuments.