Peu de ports italiens accueillent leurs visiteurs avec un monument romain posé sur la digue. À Ancône, l'arc de Trajan salue les navires depuis dix-neuf siècles, exactement comme il saluait les galères impériales. Le quai des croisières se trouve à quelques centaines de mètres du centre : dix à quinze minutes de marche suffisent pour passer des grues du bassin aux ruelles anciennes, ce qui fait de cette escale des Marches l'une des plus simples à explorer par soi-même.
L'arc de Trajan et le vieux môle
Érigé vers l'an 115 pour remercier l'empereur d'avoir agrandi le bassin à ses frais, l'arc de marbre compte parmi les monuments romains les mieux conservés de la région. Sa silhouette élancée se détache sur le ciel au bout du môle, à l'endroit précis où accostaient les navires de l'Antiquité. On le rejoint à pied en longeant les quais, et c'est de là que la vieille ville se laisse le mieux embrasser du regard, étagée sur sa colline.
La montée vers San Ciriaco
Depuis l'arc, les ruelles grimpent la colline Guasco par paliers. Comptez un quart d'heure de montée, entrecoupée de placettes et d'échappées sur les toits. Au sommet, la cathédrale San Ciriaco, achevée en 1189, marie roman et influences byzantines; deux lions de pierre rose encadrent son portail. Le parvis récompense l'effort : le golfe s'étend d'un horizon à l'autre, avec le ballet des traversiers qui entrent et sortent du bassin, comme depuis deux mille ans.
Le lazaret de Vanvitelli
En redescendant vers les quais, une île artificielle pentagonale intrigue les promeneurs. C'est la Mole Vanvitelliana, lazaret élevé au XVIIIe siècle par l'architecte Luigi Vanvitelli pour la quarantaine des équipages et des marchandises. L'ancien bâtiment sanitaire accueille désormais expositions et événements culturels, et sa masse de brique posée sur l'eau constitue l'un des paysages les plus singuliers de la côte adriatique.
Le Passetto, le balcon sur l'Adriatique
À l'est du cœur ancien, le quartier du Passetto s'achève en terrasse au-dessus de la mer, autour du grand monument blanc élevé aux morts de la Première Guerre mondiale. Un escalier monumental descend de là vers un rivage rocheux où s'alignent les grottes des pêcheurs, cavités creusées à même la falaise et fermées de portes colorées, que les familles anconitaines se transmettent depuis des générations. Les gens de la ville viennent s'y baigner l'été, à dix minutes d'autobus des ruelles anciennes : peu de visiteurs connaissent ce versant maritime, et c'est exactement ce qui en fait le prix.
La ville des habitants
Entre le corso Garibaldi et la piazza del Plebiscito, que les gens d'ici appellent piazza del Papa, Ancône vit d'abord pour elle-même : cafés remplis d'étudiants, commerces de quartier, marchés où les poissonniers annoncent la pêche du jour. Les tavernes servent le brodetto, ragoût de poissons que chaque famille prépare à sa manière. On mange ici sans mise en scène, à des prix qui rappellent que la clientèle est d'abord locale.
Repères pratiques
- Centre historique : 10 à 15 minutes à pied depuis le quai des croisières.
- Cathédrale San Ciriaco : environ 15 minutes de montée depuis l'arc de Trajan.
- Mole Vanvitelliana : sur le chemin du retour vers le navire, au bord du bassin.
- Excursions possibles vers les grottes de Frasassi ou les villages des Marches pour les escales longues.
Le retour au navire referme la boucle : on repasse sous le regard de l'arc de Trajan, comme les marins de toutes les époques avant nous. Rares sont les escales où deux millénaires de navigation tiennent ainsi dans une seule promenade, entre un empereur romain et un traversier adriatique.