Des mâts, d'abord. Des centaines de mâts serrés au fond d'une baie profonde, le « cul-de-sac marin », qui entaille la côte sud de la Martinique. Le Marin s'est construit autour de ce plan d'eau abrité de la houle, devenu au fil des décennies le premier centre de plaisance des Antilles. Les navires qui s'y arrêtent sont de petites unités : ils mouillent dans la rade, et les chaloupes déposent les passagers au bord d'un bourg créole où tout gravite autour de la mer.
La capitale caraïbe de la voile
La marina aligne plus de 800 postes d'amarrage, des pontons chargés d'équipages en partance et une flotte de voiliers de location qui essaime ensuite vers les Grenadines. Flâner sur les quais suffit à prendre le pouls du lieu : ateliers de voilerie, avitailleurs, cafés où l'on compare les itinéraires, tableaux couverts d'annonces d'embarquement. L'endroit vit au rythme des départs et des retours, et cette effervescence tranquille donne à l'escale une énergie qu'aucune autre commune de l'île ne possède. Même sans mettre le pied sur un voilier, on se surprend à lire les noms des coques et leurs ports d'attache, de Southampton à Vancouver.
L'église héritée des Jésuites
En remontant vers le centre, on atteint l'église Saint-Étienne, élevée en 1766 dans le style des missions jésuites. Sa façade sobre et sa charpente de bois en font l'un des plus anciens lieux de culte de la Martinique. Autour, le bourg déroule ses rues simples, sa mairie et son marché où s'empilent mangues, christophines et épices. Rien n'y est mis en scène : la vie locale suit son cours, entre l'école et les étals.
Sainte-Anne et la grande plage des Salines
À une dizaine de kilomètres, le village de Sainte-Anne précède l'un des rivages les plus aimés de l'île : la plage des Salines, un long arc de sable clair ourlé de cocotiers penchés. L'eau y descend en pente douce et les raisiniers offrent leur ombre aux familles. Le trajet prend une vingtaine de minutes, ce qui en fait le but d'excursion le plus naturel pour qui rêve de passer son escale les pieds dans l'eau. Le bourg de Sainte-Anne lui-même, avec son église de pierre face à la mer et ses marchandes de sorbet coco, mérite qu'on s'y attarde une heure.
Joséphine, le rhum et les grandes habitations
Le sud martiniquais se prête à un circuit d'une demi-journée. Vers l'ouest, Trois-Îlets conserve le domaine de La Pagerie, où grandit la future impératrice Joséphine; un petit musée occupe les dépendances de l'ancienne sucrerie. Sur la côte atlantique, l'Habitation Clément, au François, réunit une distillerie du XIXe siècle, une maison créole meublée d'époque et un parc planté de palmiers royaux. On y suit le chemin du rhum agricole, de la canne fraîchement coupée au vieillissement en barrique, avant une dégustation où le sirop de canne adoucit les esprits les plus jeunes.
Les criques du bout de l'île
Les environs immédiats réservent des coins plus discrets. Cap Macré, sur la côte au vent, alterne sable blond, cocotiers et rochers battus par l'alizé; la piste qui y mène décourage la foule. Plus près du bourg, la pointe Borgnesse regarde la baie et ses voiles blanches. Ces échappées demandent un taxi ou une voiture, mais elles montrent une Martinique paisible, à peine partagée avec quelques pêcheurs et leurs nasses posées à fleur d'eau.
Avant de rembarquer
En fin d'après-midi, les terrasses du front de mer se remplissent d'équipages qui refont leur traversée et de familles venues prendre le frais. Les mâts se découpent sur les mornes, les drisses claquent doucement, un ti-punch circule. C'est peut-être cela que l'on retient du Marin : aucun monument spectaculaire, mais le sentiment d'avoir touché du doigt la vie d'un vrai port de voileux, celui d'où l'on part et où l'on revient toujours.
Repères pratiques
- Escale au mouillage : débarquement en chaloupe près de la marina, à quelques minutes à pied du centre.
- Monnaie : l'euro; cartes bancaires acceptées presque partout, espèces utiles au marché.
- Plage des Salines à environ 20 minutes de route : convenir du prix et de l'heure de retour avec le chauffeur.
- Le français est la langue officielle, le créole celle du quotidien; l'anglais reste peu répandu hors de la marina.