Puerto Dos Bocas Tabasco Mexico

Soyons francs : Dos Bocas est un port de travail. Réservoirs, portiques et remorqueurs composent le paysage du quai, et aucune vieille ville n'attend au pied de la passerelle. Si quelques navires d'expédition s'y arrêtent pourtant, c'est que le Tabasco commence ici — l'un des États les plus verts et les plus arrosés du Mexique, pays du cacao, des fleuves lents et des plus anciennes sculptures monumentales du continent. L'escale se vit en excursion, et elle mène très loin des circuits habituels de la Riviera — on vient ici pour ce que la région garde d'intact.

Une escale d'expédition

Les touchées demeurent rares et récentes : ce sont surtout de petites unités de croisière culturelle qui inscrivent Dos Bocas à leurs itinéraires d'hiver, entre le Yucatán et les Caraïbes. L'enceinte portuaire, industrielle, ne se traverse pas à pied : tout se déroule en autocar, avec des programmes montés à l'avance et des guides francophones ou anglophones selon les départs. Cette logistique assumée est le prix à payer pour approcher une région que le tourisme de masse ignore complètement, et qui le rend bien en curiosité réciproque. Prévoir la journée : les distances tabasquéennes se mesurent en heures de route davantage qu'en kilomètres.

Paraíso, la voisine tranquille

À une dizaine de kilomètres, la petite ville de Paraíso vit de la pêche, de la noix de coco et du va-et-vient des employés du port. Sa place centrale, son église et son marché offrent un aperçu sans fard du quotidien tabasquéen : étals de bananes plantains, glaces artisanales, conversations qui s'éternisent à l'ombre. On n'y trouve ni grands monuments ni boutiques de souvenirs — simplement le Mexique du Golfe, cordial et étonné de voir débarquer des voyageurs venus de si loin.

La route du cacao

Le Tabasco cultive le cacao depuis l'époque olmèque, et les haciendas des environs de Comalcalco perpétuent le savoir-faire : cabosses fendues à la machette, fèves fermentées puis séchées au soleil, chocolat moulu sur la pierre chaude. Selon la saison, la récolte bat son plein et les séchoirs débordent de fèves brunes. Les visites serpentent sous les grands arbres d'ombrage où poussent les cacaoyers, entre orchidées et chants d'oiseaux, et se terminent par une dégustation où l'amertume originelle surprend les palais habitués aux tablettes sucrées. On y goûte aussi le chorote, cette boisson locale de cacao et de maïs que les Tabasquéens boivent depuis des siècles.

Comalcalco, la cité de briques

À une quarantaine de kilomètres, Comalcalco occupe une place unique dans le monde maya : privée de pierre dans cette plaine alluviale, la cité chontale a bâti temples et palais en briques d'argile cuite, dont certaines portent encore des motifs gravés par leurs artisans. Les pyramides émergent d'une végétation dense où filent les oiseaux-mouches. Le site, très peu fréquenté, se parcourt souvent dans une quasi-solitude qui laisse toute la place à l'imagination.

Les têtes colossales de La Venta

La sortie la plus longue mène à Villahermosa, à environ 80 kilomètres, où le parc-musée de La Venta expose en plein air les têtes colossales olmèques : des visages de basalte de plusieurs tonnes, sculptés il y a près de trois mille ans, déplacés ici depuis leur site d'origine menacé par l'exploitation pétrolière. Un sentier ombragé les relie au milieu d'une végétation luxuriante. Pour beaucoup de passagers, ce face-à-face avec la première grande civilisation de la Mésoamérique justifie l'escale à lui seul.

Repères pratiques

  • Port industriel : pas de sortie à pied, excursions organisées indispensables.
  • Monnaie : le peso mexicain; peu de commerces acceptent les cartes hors des villes.
  • Climat très humide avec pluies fréquentes : vêtements légers et imperméable de poche.
  • Anti-moustique recommandé pour Comalcalco et La Venta.