C'est d'ici que trois caravelles sont parties changer la carte du monde. Huelva, en Andalousie occidentale, s'étend entre les rivières Tinto et Odiel, face aux lieux mêmes où Christophe Colomb prépara son premier voyage de 1492. L'escale attire les voyageurs curieux d'histoire autant que les amateurs de nature : autour de la ville, les marais de l'Odiel composent l'une des grandes zones humides d'Europe, et la province garde un caractère andalou sans fard, à l'écart des foules de Séville.
Une ville marquée par le minerai
Huelva doit une part de son visage aux compagnies minières britanniques qui exploitèrent au XIXe siècle les gisements de cuivre du río Tinto. Leur héritage le plus spectaculaire s'avance dans l'estuaire : le Muelle del Tinto, un embarcadère de fer construit dans les années 1870 pour charger le minerai sur les navires. Long de plus d'un kilomètre, restauré et classé, il sert aujourd'hui de promenade au-dessus de l'eau. Marcher sur ses planches au coucher du soleil, quand les flamants passent en formation, constitue le rituel préféré des habitants. Non loin du port, le quartier Reina Victoria, cité-jardin bâtie pour les employés anglais, surprend par ses cottages victoriens en pleine Andalousie.
La Rábida, le monastère du grand départ
À sept kilomètres de la ville, sur une butte plantée de pins face au confluent des deux rivières, le monastère franciscain de La Rábida conserve la mémoire du projet le plus audacieux de son temps. Colomb y séjourna entre 1491 et 1492, y trouva l'appui des moines et y mûrit son plan pendant l'attente du soutien des Rois catholiques. Le cloître, les salles aux fresques et les jardins se visitent dans le calme; les moines y accueillent toujours les visiteurs. Du belvédère, la vue porte sur l'estuaire où une statue colossale dédiée au navigateur veille sur la pointe du Sebo.
Monter à bord des caravelles
En contrebas du monastère, le Muelle de las Carabelas présente les répliques grandeur nature de la Santa María, de la Pinta et de la Niña. On monte à bord, on descend dans les cales, on entre dans le carré du capitaine, et l'exiguïté des ponts rend soudain très concret ce que fut la traversée de 1492 : trois coques de bois minuscules face à un océan inconnu. Le musée attenant restitue l'Espagne du XVe siècle. Les autobus relient régulièrement le centre à La Rábida et au village voisin de Palos de la Frontera, d'où partit l'expédition; en taxi ou en excursion organisée, le site se rejoint en une vingtaine de minutes.
Marais, flamants et plages de sable
Entre la ville et l'océan, les marais de l'Odiel déploient leurs lagunes et leurs salines, refuge de flamants roses, de spatules et de balbuzards. Des sentiers et des points d'observation permettent d'approcher cette réserve de biosphère aux portes mêmes du centre urbain. Les amateurs de sable poursuivent jusqu'aux plages atlantiques de la Costa de la Luz, longues et ventées, qui bordent la province jusqu'à la frontière portugaise.
La table andalouse, version atlantique
Huelva se distingue à table par deux gloires locales : la crevette blanche de sa côte et le jambon ibérique de Jabugo, affiné dans la sierra voisine. Les bars à tapas du centre, autour de la Gran Vía et du marché, servent l'un et l'autre avec un verre de vin blanc du Condado. Peu de ports offrent un duo terre-mer d'un tel niveau à si petit prix.
Le navire redescend l'estuaire, et l'on repense aux caravelles qui suivirent le même chenal un matin d'août 1492, cap sur l'inconnu. Huelva laisse au voyageur cette pensée en cadeau : toutes les grandes traversées, la sienne comprise, commencent par un rivage que l'on quitte.