Le vent est chez lui à Çeşme. Il gonfle les voiles des planches au large, agite les bougainvilliers et porte jusqu'au quai des odeurs de grillades et d'iode. Posée à la pointe occidentale de la Turquie, face à l'île grecque de Chios, la station balnéaire préférée des habitants d'Izmir accueille les navires à son unique quai, tout près de la marina et du centre : on débarque littéralement dans la ville, le bureau d'information touristique à quelques pas.
Le château au-dessus de la baie
Une silhouette domine immédiatement le paysage : la forteresse médiévale de Çeşme, dont les murailles crénelées veillent sur le mouillage. On y grimpe en quelques minutes depuis le quai pour parcourir cours intérieures, salles et chemins de ronde, jusqu'à la tour de guet d'où la vue embrasse toute la baie et la mer Égée. Une partie des salles accueille un petit musée archéologique. Les remparts donnent la mesure du rôle stratégique qu'a longtemps joué ce détroit entre l'Anatolie et les îles.
Caravansérail, église et vieilles rues
Au sud du château, un caravansérail ottoman bâti en 1528 accueillait jadis marchands et caravanes; converti en hôtel de caractère, il laisse admirer sa cour et ses arcades de pierre. En remontant dans les rues du centre, les anciennes maisons ottomanes et grecques, avec leurs encorbellements de bois et leurs pierres blondes, invitent à une flânerie sans but précis. L'église orthodoxe Ayios Haralambos, reconvertie en espace culturel, présente régulièrement des expositions; son volume intérieur surprend au détour d'une rue commerçante où alternent glaciers, cafés et boutiques.
Les gourmandises du comptoir égéen
La table locale respire la mer Égée : poissons grillés, mezze à l'huile d'olive, herbes sauvages, glaces au mastic dont les vendeurs font des démonstrations acrobatiques. Les terrasses autour de la marina permettent de manger face aux voiliers, tandis que les ruelles intérieures cachent des adresses plus simples où les familles turques prennent leurs quartiers d'été. Un thé noir servi brûlant, face à l'eau, clôt naturellement le repas.
Ilıca, la plage aux eaux claires
À quelques kilomètres du centre, la plage d'Ilıca aligne son long ruban de sable clair au bord d'une eau peu profonde et translucide, parmi les plus réputées de la côte égéenne turque. Transats et cafés de plage s'y succèdent, et la baignade y reste agréable une bonne partie de l'année. Le secteur doit d'ailleurs son nom à ses sources chaudes, qui sourdent jusque dans la mer. Les passagers venus avant tout pour la mer y trouveront leur bonheur à peu de frais, taxis et minibus locaux faisant la navette depuis le centre.
Alaçatı, le village du vent
L'excursion la plus courue mène à Alaçatı, à une dizaine de minutes de route. Cet ancien village grec aligne maisons de pierre aux volets bleus, moulins restaurés et ruelles pavées débordant de cafés, de galeries et de boutiques. La baie voisine, balayée par un vent régulier, est devenue l'un des hauts lieux de la planche à voile : les écoles s'y alignent et les voiles multicolores strient l'eau du matin au soir. On vient à Alaçatı pour le décor, on y reste pour l'atmosphère, entre parfum de café turc et étals d'artisanat; une demi-journée suffit pour en faire le tour sans se presser.
Le soir venu
Quand le soleil descend sur la mer Égée, les remparts de la forteresse prennent une teinte de miel. Les voiliers rentrent un à un vers la marina, escortés par les cris des goélands. Çeşme laisse le souvenir d'une Turquie balnéaire et décontractée, tournée vers les îles grecques toutes proches, où l'on vit dehors et où le vent, fidèle complice, semble toujours pousser le voyageur vers une nouvelle crique.