Une bibliothèque de 200 000 volumes, disait-on dans l'Antiquité, au point de faire trembler Alexandrie. Il n'en reste que des fondations sur une colline d'Anatolie, mais quel décor autour : Pergame, l'une des cités les plus brillantes du monde hellénistique, attend à une trentaine de kilomètres du quai où le navire vient s'amarrer. Dikili, elle, joue un tout autre registre : une petite station de la mer Égée, tranquille et sans façon, qui sert de porte d'entrée au site antique tout en méritant sa propre flânerie.
Une bourgade égéenne au pied du navire
Ici, pas de terminal tentaculaire : la jetée débouche presque directement sur le centre. Le front de mer déroule une longue promenade plantée de palmiers, ponctuée de cafés où les habitants font durer le thé face aux îles grecques voisines, Lesbos en tête de liste par temps clair. Les rues pavées du centre rassemblent commerces, pâtisseries et étals de fruits; guichets automatiques et pharmacies se trouvent à quelques minutes de marche. L'ambiance est celle d'une ville balnéaire turque vivant d'abord pour ses propres résidents, ce qui fait tout son intérêt.
Pergame, l'acropole vertigineuse
L'excursion vers Pergame, à environ 26 kilomètres et une trentaine de minutes de route, constitue le grand rendez-vous de la journée. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'ancienne capitale des rois attalides étage ses monuments sur un piton qui domine la plaine du Caïque. Le théâtre, accroché à la pente la plus raide du monde grec, donne le vertige à qui s'assoit sur ses gradins; le temple de Trajan dresse ses colonnes de marbre blanc au sommet; les fondations de la célèbre bibliothèque rappellent l'époque où la cité inventa, dit-on, le parchemin — pergamena — pour contourner l'embargo égyptien sur le papyrus.
L'Asclépiéion, l'hôpital de l'Antiquité
Au pied de l'acropole, un second site complète la visite : l'Asclépiéion, sanctuaire de guérison parmi les plus réputés du monde antique. Le médecin Galien, gloire locale, y exerça au IIe siècle. On y parcourt la voie sacrée à colonnades, les bassins, le petit théâtre et le tunnel où les patients dormaient en attendant les songes prescrits par les prêtres. La médecine y tenait autant du rite que du soin, et la promenade dans ces allées calmes en dit long sur les angoisses et les espoirs des Anciens.
Bergama la vivante
La ville moderne de Bergama, au pied des ruines, vaut un arrêt si le programme le permet. Son bazar sent le cuir et les épices, ses mosquées et son ancien quartier aux maisons ottomanes se parcourent sans hâte. Les tapis de la région jouissent d'une solide réputation, et les vendeurs ont l'éloquence qu'on imagine. C'est aussi l'endroit où goûter un börek feuilleté ou des köfte grillées avant de reprendre la route du littoral.
Retour au bord de l'eau
De retour à Dikili, s'il reste du temps, la fin d'après-midi appartient à la promenade maritime. Les pêcheurs réparent leurs filets, les familles occupent les bancs, les mouettes surveillent les barques. Un dernier verre de thé bien chaud, un simit croustillant acheté au passage, et le soleil qui descend lentement sur l'Égée compose le générique de fin.
À l'appareillage, on mesure l'écart entre la modestie du quai et la grandeur de ce qu'on vient de voir : un royaume qui rivalisa avec Alexandrie, un hôpital vieux de deux millénaires, un théâtre suspendu au-dessus de la plaine. Les plus grandes histoires se cachent parfois derrière les plus discrets rivages, et Dikili en garde la clé.