Cent clochers, dit-on, et le compte serait modeste. Depuis la Vltava, Prague se présente comme une succession de flèches gothiques, de coupoles baroques et de toits rouges grimpant vers son château. Les bateaux fluviaux amarrent en plein cœur de la capitale tchèque : selon le quai, l'embarcadère de Rašínovo nábřeží ou celui du pont Čechův, la vieille place centrale se rejoint à pied en cinq à vingt minutes. Peu de capitales européennes offrent un débarquement aussi immédiat dans mille ans d'histoire.

La Vieille-Ville et son horloge

Premier rendez-vous : la place de la Vieille-Ville, encadrée par l'église de Týn et ses tours jumelles, l'hôtel de ville et des façades pastel. À chaque heure, une petite foule se rassemble sous l'horloge astronomique, chef-d'œuvre mécanique installé en 1410, pour voir défiler les apôtres aux fenêtres. Les ruelles qui rayonnent depuis la place mènent vers Josefov, l'ancien quartier juif, où synagogues et vieux cimetière composent l'un des ensembles les plus émouvants d'Europe centrale. Prendre le temps de lever les yeux : enseignes sculptées, madones d'angle et portails ornés racontent la cité mieux qu'aucun panneau.

Le pont Charles, tôt ou tard

Entre le vieux quartier et la rive gauche, le pont Charles enjambe la rivière depuis 1357. Ses trente statues baroques, ses musiciens et ses portraitistes en font un théâtre permanent; pour le traverser dans un calme relatif, viser le début de matinée ou la fin de journée, quand la lumière rase dore le grès des tours. De là, le regard embrasse les palais de Malá Strana, le quartier baroque niché sous la colline, avec la coupole verte de l'église Saint-Nicolas en point d'orgue.

Monter vers le château

Sur les hauteurs, le château de Prague forme à lui seul un quartier entier : cours, palais, jardins et surtout la cathédrale Saint-Guy, dont les vitraux — l'un signé Alfons Mucha — méritent l'attente. La Ruelle d'or et ses maisonnettes colorées, jadis logements de gardes et d'artisans, ferment la boucle. On y monte à pied par les vieux escaliers ou en tramway; la descente par les jardins de Petřín ou les venelles de Malá Strana est une récompense en soi. Compter une demi-journée pour l'ensemble, château et traversées comprises.

La pause tchèque

Impossible de comprendre Prague sans s'attabler. Les brasseries servent goulasch aux knedlíky, rôti de porc et bières blondes ou brunes tirées avec un soin presque liturgique — la Bohême a inventé la pils et ne l'a pas oublié. Les cafés viennent d'une autre tradition, celle des écrivains : certains établissements du début du XXe siècle, avec lustres et banquettes, semblent attendre encore Kafka. Une halte s'impose entre deux quartiers, d'autant que les distances se parcourent aisément à pied.

Bien utiliser ses heures pragoises

  • Depuis l'embarcadère du pont Čechův, la place centrale est à cinq minutes par l'avenue Pařížská; depuis Rašínovo nábřeží, compter une vingtaine de minutes le long des quais.
  • La couronne tchèque est la monnaie du pays; beaucoup de commerces acceptent l'euro, mais le taux y est rarement favorable.
  • Tramways et métro couvrent toute la capitale si les pavés fatiguent les jambes.
  • Sur les sites les plus courus, l'affluence culmine entre 10 h et 16 h : caler les visites majeures en dehors de cette plage change tout.

Le soir venu, quand les lampadaires s'allument sur la rivière et que les tours se découpent en noir sur le ciel, on comprend pourquoi tant de voyageurs repoussent leur départ. Prague ne se termine pas : elle s'interrompt. Il restera toujours une cour cachée, un passage voûté, un café d'écrivains à découvrir — autant de raisons de revenir amarrer un jour au pied de ses ponts.