Le vent se présente avant la terre. Il descend des sommets, ride les eaux du golfe Almirante Montt et secoue les amarres bien avant que les maisons de tôle colorée n'apparaissent le long du rivage. Puerto Natales occupe le fond d'un dédale de fjords, au bord du chenal Señoret, là où la Patagonie chilienne se resserre entre montagnes et eau froide. Les navires de taille modeste qui s'aventurent jusqu'ici accostent au terminal maritime, à quelques minutes de marche des premières rues.

Le long de la costanera

La promenade riveraine donne le ton de l'escale. Des cygnes à cou noir glissent près de la berge, des cormorans sèchent leurs ailes sur les pilotis, et les rafales sculptent la surface de l'eau en longues stries argentées. En suivant la costanera, on croise le Monumento al Viento, hommage assumé au grand personnage local, puis une main de métal qui surgit du sol face au fjord. Un peu plus loin, les restes du Muelle Histórico, ancien quai de bois de la compagnie Braun & Blanchard, s'avancent dans l'eau sur leurs pilotis fatigués. Au lever du jour, quand la lumière rase les montagnes, l'endroit attire autant les photographes que les oiseaux.

Des rues basses face aux montagnes

Derrière le rivage, les rues se coupent à angle droit entre des façades de tôle peinte, rouges, bleues, vertes. Les boutiques vendent de la laine, des cartes de randonnée et des vêtements chauds; les cafés servent du chocolat épais et des pâtisseries aux voyageurs qui reviennent des sentiers. L'atmosphère est celle d'un avant-poste : tout le monde arrive d'ailleurs ou s'apprête à partir plus loin, sac au dos et cartes dépliées sur les tables. On y flâne sans itinéraire précis, un chocolat chaud à la main, en levant les yeux vers les crêtes qui ferment chaque perspective.

La caverne du Milodon

À 24 kilomètres au nord, une cavité de 200 mètres de profondeur et de 30 mètres de haut s'ouvre dans un massif calcaire. À la fin du XIXe siècle, on y a retrouvé la peau et les ossements d'un paresseux géant disparu, le milodon, devenu depuis l'emblème de la région. Une réplique grandeur nature de l'animal accueille les curieux à l'entrée. Le trajet demande environ 25 minutes de route et se combine bien avec une matinée en ville.

Le fjord de l'Última Esperanza

Depuis le quai, des excursions en bateau remontent le fjord baptisé Última Esperanza, la « dernière espérance » des navigateurs espagnols qui cherchaient un passage vers l'ouest. Au fil de l'eau, les parois se couvrent de cascades et de forêts australes, jusqu'aux glaciers Balmaceda et Serrano qui descendent des champs de glace. C'est une journée complète, contemplative, où l'on comprend pourquoi la région entière porte le nom de cette espérance.

Aux portes de Torres del Paine

Le parc national Torres del Paine se dresse à environ 150 kilomètres, soit près de deux heures de route. Ses tours de granit, ses lacs turquoise et ses guanacos en font l'une des grandes images de la Patagonie. Dans le cadre d'une escale, l'aller-retour occupe la journée entière : mieux vaut réserver l'excursion organisée et garder à l'esprit que la météo décide souvent du spectacle. Ceux qui restent près du navire ne perdent pas au change, car voici quelques repères faciles à rejoindre :

  • la costanera et ses monuments, accessibles à pied depuis le terminal;
  • la caverne du Milodon, à environ 25 minutes de route;
  • le fjord et ses glaciers, en excursion d'une journée depuis le quai.

Repartir avec le vent

Au moment de larguer les amarres, les toits colorés s'éloignent et les montagnes referment lentement le paysage. Il reste ce mélange particulier de bout du monde et de porte d'entrée, propre à Puerto Natales. On quitte la Patagonie en se promettant d'y revenir avec plus de temps, des chaussures de marche et aucun horaire.