Deux mers pour une seule pointe de sable : voilà le paradoxe fondateur de Punta del Este. D'un côté, la Playa Mansa, où le Río de la Plata finit en eau docile; de l'autre, la Playa Brava, où l'Atlantique déroule sa houle. Entre les deux, une péninsule d'immeubles blancs et de pins maritimes qui sert de capitale balnéaire à l'Uruguay et à la moitié de l'Argentine. Les navires mouillent au large et les annexes déposent leurs passagers au cœur de la presqu'île, à quelques rues des premières terrasses.
Les doigts dans le sable
Le rendez-vous le plus photographié du pays émerge de la Playa Brava : cinq doigts de béton géants, à demi enfouis, œuvre du sculpteur chilien Mario Irarrázabal. La Mano, que les habitants appellent aussi le noyé, date d'une rencontre internationale de sculpteurs tenue au début des années 1980; elle se rejoint par une marche agréable d'environ 25 minutes depuis le débarcadère, le long des quais puis du front de mer. Tôt le matin, avant l'arrivée des autocars, on partage la sculpture avec les seuls joggeurs et quelques mouettes, dans la lumière oblique qui allonge l'ombre des doigts sur le sable.
Le tour de la presqu'île
La pointe se parcourt à pied en une boucle plaisante : le phare du XIXe siècle dressé au-dessus des toits bas, l'église Nuestra Señora de la Candelaria, les rues commerçantes de l'avenue Gorlero, puis le retour par les quais où les yachts se serrent bord à bord. Au marché artisanal, maté, cuirs et lainages rappellent que l'Uruguay reste une terre d'éleveurs, même en station balnéaire. Les glaciers artisanaux et les confiterías de l'avenue servent l'alfajor local avec un café serré, pause sucrée typiquement rioplatense. La promenade révèle une localité plus paisible qu'attendu hors des grands week-ends estivaux.
Les lions de mer du port
Attraction gratuite et infaillible : autour des pontons du port de plaisance, des lions de mer patauds guettent les retours de pêche, se hissant parfois sur les quais dans l'indifférence générale. Les pêcheurs leur abandonnent les restes du nettoyage des prises, sous l'œil des curieux et des goélands. La scène, quotidienne, vaut tous les spectacles organisés.
Gorriti, l'île d'en face
À un quart d'heure de traversée, l'île Gorriti aligne ses criques de sable clair sous une forêt de pins et d'eucalyptus, avec quelques vestiges de batteries espagnoles en prime. Les navettes partent du port de plaisance et transforment l'après-midi en pause insulaire, serviette au sol et eau calme du côté abrité. Les sentiers ombragés qui traversent l'îlot mènent d'une anse à l'autre en quelques minutes de marche facile. C'est l'option idéale par belle journée d'été austral.
Casapueblo, la vague blanche
À une quinzaine de kilomètres vers l'ouest, la silhouette immaculée de Casapueblo coule le long d'une falaise comme une coulée de chaux. L'artiste uruguayen Carlos Páez Vilaró a façonné cette maison-atelier sans plan ni ligne droite pendant des décennies; on y parcourt aujourd'hui un musée consacré à son œuvre, entre terrasses blanches suspendues au-dessus de l'eau. Le taxi couvre la distance en une vingtaine de minutes, et le coucher de soleil y est célébré chaque soir comme une cérémonie.
L'heure du retour
Tandis que l'annexe s'éloigne, la péninsule aligne ses tours blanches entre ses deux plages, main de béton d'un côté, lions de mer de l'autre. Punta del Este cultive un art de vivre fait de longues plages, de poisson grillé et de lumière atlantique. On comprend, en regardant la côte s'estomper depuis le pont arrière, pourquoi tant de voyageurs du Río de la Plata y reviennent chaque été comme on retourne à une maison de famille.


