Une fontaine où des baleines de bronze crachent leur jet d'eau : voilà sans doute la dernière chose qu'on s'attend à trouver au Groenland. Ce bassin occupe pourtant la place centrale de Qaqortoq depuis 1932, entourée de bâtiments coloniaux et de maisons multicolores qui grimpent en amphithéâtre au-dessus du port. Avec ses quelque 3 000 habitants, la plus grande ville du sud du pays réunit dans un espace très marchable l'essentiel de ce qui fait le charme des côtes groenlandaises.

Du mouillage à la place de la fontaine

Les navires jettent l'ancre dans la baie et les chaloupes déposent les passagers entre les bateaux de pêche et les entrepôts. En trois minutes de marche, on atteint la place principale et sa Mindebrønden, doyenne des fontaines du pays. Autour d'elle se concentrent le marché, quelques boutiques et les façades danoises du XVIIIe siècle : la cité fut fondée en 1775 sous le nom de Julianehåb par le marchand norvégien Anders Olsen. Au petit marché sous la halle, les chasseurs et pêcheurs vendent le produit du jour; on y mesure d'un coup d'œil ce que signifie vivre de la mer à cette latitude.

Pierre et Homme, un musée à ciel ouvert

Qaqortoq possède une particularité unique au Groenland : ses rochers parlent. Dans les années 1990, l'artiste groenlandaise Aka Høegh a invité des sculpteurs de tout le monde nordique à tailler directement dans le roc de la ville. Le projet « Pierre et Homme » compte une quarantaine d'œuvres disséminées entre les maisons : visages émergeant du granit, baleines, phoques et motifs inspirés des mythes inuit. Les repérer transforme la promenade en jeu de piste, carte en main ou au hasard des ruelles.

Le musée et les maisons noires

Près du port, l'ancienne résidence du gérant colonial, un bâtiment de bois noir goudronné datant de 1804, abrite le musée municipal. Kayaks, costumes nationaux, objets de la culture de Thulé et souvenirs de l'époque danoise y sont présentés avec soin. Tout à côté, l'église du Sauveur, montée en 1832 avec du bois expédié de Norvège, veille sur le vieux quartier. On trouve aussi à quelques rues la tannerie nationale, où les peaux de phoque issues de la chasse traditionnelle deviennent vêtements et accessoires : sa boutique attire autant les curieux que les connaisseurs. En remontant vers le lac Tasersuaq, qui alimente la ville en eau douce, les points de vue sur les toits colorés et le fjord se multiplient.

Hvalsey, la mémoire des Vikings

À une vingtaine de kilomètres par bateau, les ruines de Hvalsey constituent les vestiges nordiques les mieux conservés du Groenland. Les murs de pierre de l'église, encore debout après six siècles, ont accueilli en 1408 un mariage qui demeure la dernière trace écrite des colons scandinaves avant leur disparition. Plusieurs compagnies proposent cette excursion en zodiac ou en vedette lorsque l'escale le permet; d'autres sorties mènent aux sources chaudes d'Uunartoq, où l'on se baigne face aux icebergs.

Repères pratiques

  • Débarquement en chaloupe au cœur du port : fontaine, musée et église à moins de dix minutes à pied.
  • Circuit des sculptures « Pierre et Homme » : compter une à deux heures, quelques montées raides.
  • Excursions vers Hvalsey ou Uunartoq : réservation recommandée, places limitées.
  • Boutiques d'artisanat et peaux travaillées près des quais; couronnes danoises utiles.

Remonter à bord

Il y a quelque chose d'attachant dans cette petite capitale du Sud où l'art contemporain pousse à même le rocher et où les jeunes du séminaire croisent les pêcheurs du matin. Quand la chaloupe s'éloigne, les sculptures se fondent de nouveau dans le granit, la place et son bassin disparaissent derrière les mâts, et l'on se surprend à espérer que le navire repasse un jour par ce fjord-là.