Bien avant Tahiti, il y eut Raiatea. Les navigateurs polynésiens considéraient cette île comme leur berceau spirituel, le point de départ des grandes pirogues qui peuplèrent Hawaii et la Nouvelle-Zélande. Les navires de croisière s'amarrent aujourd'hui à la gare maritime d'Uturoa, en plein centre de la petite capitale de l'archipel de la Société : on descend la passerelle et l'on se trouve déjà en ville, entre le marché et les boutiques de perles.
Uturoa, une capitale de poche
Le marché couvert donne le ton de l'escale : paréos éclatants, sculptures de bois, gousses de vanille nouées en fagots odorants, poissons du lagon sur lits de glace. Les habitants y font leurs courses matinales, et les conversations passent du français au tahitien sans transition, entre deux éclats de rire et un panier de taro. Une promenade de quelques rues suffit pour prendre le pouls de cette ville sans hâte, où les scooters ralentissent pour saluer une connaissance. Derrière les toits, le mont Tapioi offre aux marcheurs matinaux un sentier qui grimpe vers un panorama complet sur la barrière de corail et les îles voisines; compter deux à trois heures aller-retour, de préférence avant la grosse chaleur.
Taputapuatea, le cœur sacré du Pacifique
À environ 45 minutes de route le long de la côte, le marae de Taputapuatea s'étend entre les montagnes et la mer. Ce vaste ensemble de plateformes de pierre volcanique, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2017, fut le centre religieux et politique le plus influent du Pacifique central, un lieu d'alliances où convergeaient les chefferies des archipels voisins. C'est d'ici que partaient les expéditions de découverte, et c'est ici que revenaient les navigateurs pour consacrer leurs voyages. Le lieu impose un silence naturel; même les guides baissent la voix en racontant les cérémonies d'autrefois, quand les pirogues doubles accostaient en procession devant les pierres dressées.
La rivière Faaroa, jungle navigable
Autre singularité de l'île : la Faaroa, seule rivière navigable de Polynésie française. En kayak ou en petite embarcation motorisée, on remonte lentement son cours entre les hibiscus sauvages, les bambous et les purau penchés sur l'eau brune, tandis que les crêtes vertes de la vallée se referment peu à peu au-dessus des pagayeurs. Le silence n'est troué que par les oiseaux et le clapotis des pagaies. La vallée fut, dit-on, l'un des points de départ des grandes migrations polynésiennes.
Le lagon partagé avec Taha'a
Raiatea partage son plan d'eau intérieur avec Taha'a, l'île vanille, accessible en une quinzaine de minutes de bateau. Les excursions combinent souvent la visite d'une plantation de vanille, un arrêt dans une ferme perlière pour comprendre la culture de la perle noire, puis une baignade le long d'un motu ourlé de corail. Les jardins de corail entre les îlots regorgent de poissons-papillons et de bénitiers aux lèvres turquoise. Sur les pentes du plateau Temehani pousse par ailleurs la tiare apetahi, une fleur à cinq pétales qui n'existe nulle part ailleurs sur la planète : les botanistes du monde entier ont tenté de la transplanter, sans succès.
Idées pour l'escale
- Matinée culturelle au marae de Taputapuatea, retour par la côte est.
- Demi-journée lagon : motu, ferme perlière et plongée en apnée.
- Kayak sur la Faaroa pour les amateurs de nature tranquille.
Le mot de la fin
Au coucher du soleil, le mont Temehani se découpe au-dessus du lagon, et l'on repense à ces navigateurs qui lisaient les étoiles comme une carte. Raiatea ne cherche pas à séduire : elle transmet. Ceux qui prennent le temps d'écouter son histoire repartent avec une compréhension nouvelle de tout le Pacifique, et la certitude que certaines îles comptent bien au-delà de leur taille.


