Seize arches de pierre enjambent le Danube depuis près de neuf siècles. Quand le bateau approche de Regensburg, c'est cet ouvrage médiéval, bâti entre 1135 et 1146, qui accueille le voyageur, avec derrière lui une forêt de clochers, de tours patriciennes et de toits ocre. Épargnée par les bombardements, la cité bavaroise offre l'un des ensembles médiévaux les mieux conservés d'Europe, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2006 avec son faubourg de Stadtamhof.

Accoster au pied de la vieille ville

Les bateaux de croisière fluviale s'amarrent le long des quais du Danube, à quelques centaines de mètres seulement des premières ruelles. Aucune navette n'est nécessaire : on descend la passerelle, on longe brièvement le fleuve et l'on se retrouve devant la porte fortifiée qui gardait l'entrée du pont de pierre. Peu d'escales fluviales offrent une transition aussi immédiate entre le pont du navire et le Moyen Âge.

Du camp romain à la ville marchande

Regensburg est née en 179 de notre ère sous le nom de Castra Regina, camp de légion fondé sous Marc Aurèle. Un vestige spectaculaire en subsiste : la Porta Praetoria, porte romaine dont les blocs massifs s'encastrent aujourd'hui dans les murs d'une ruelle proche de la cathédrale. Au Moyen Âge, le commerce avec Venise et l'Orient enrichit les familles marchandes, qui rivalisèrent en élevant des tours résidentielles à l'italienne : la Tour dorée et ses voisines découpent encore la silhouette singulière des toits.

La cathédrale et les ruelles

Les deux flèches ajourées de Saint-Pierre, chef-d'œuvre gothique de Bavière, servent de repère où que l'on soit. Sous les voûtes, les vitraux médiévaux baignent la nef d'une lumière profonde; les amateurs de musique connaissent le chœur de garçons attaché au sanctuaire, l'un des plus anciens du monde. Autour, le lacis de ruelles réserve des découvertes à chaque angle : la Alte Kapelle et son intérieur rococo doré, la place Neupfarrplatz, qui fut le cœur du quartier juif médiéval, et l'ancien Rathaus où siégea de 1663 à 1806 la Diète perpétuelle du Saint-Empire, que l'on visite avec sa salle impériale et ses cachots. Plus au sud, l'ancienne abbaye Saint-Emmeram est devenue la résidence des princes de Thurn und Taxis, fondateurs de la poste européenne : ses salles d'apparat et son cloître comptent parmi les visites les plus riches de l'escale.

La pause qui a 500 ans

Tout près, une minuscule maison blanche enfumée régale les passants de saucisses grillées : la Wurstkuchl nourrissait déjà, dit-on, les bâtisseurs des seize arches et les débardeurs du port au sel. On s'y attable en terrasse face au fleuve, moutarde douce et choucroute à l'appui. Sur l'autre rive, Stadtamhof aligne ses façades pastel et ses cafés le long de son ancienne rue de faubourg, avec, au retour, la meilleure vue qui soit sur le front de rivière et les tours de la vieille ville.

Repères de promenade

Lieu Depuis le quai À savoir
Pont de pierre et sa porte 5 minutes Panorama sur les vieux quartiers
Cathédrale Saint-Pierre 10 minutes Entrée libre, vitraux médiévaux
Porta Praetoria 10 minutes Porte romaine de l'an 179
Ancien Rathaus 12 minutes Salle de la Diète du Saint-Empire
Château de Thurn und Taxis 20 minutes Résidence princière, visites selon saison

Le fleuve continue

Beaucoup de passagers remontent à bord avec le sentiment d'avoir traversé une cité restée fidèle à elle-même : ni reconstituée ni figée, simplement continue depuis l'Antiquité. Quand le navire reprend le fil du Danube et que les flèches gothiques s'effacent derrière les arches de pierre, on comprend pourquoi les marchands d'autrefois, revenus de Venise, choisissaient toujours de rentrer par Regensburg.