Passer sous le Golden Gate à l'aube compte parmi les grandes arrivées du monde des croisières. La brume s'accroche aux câbles orangés, les collines de la ville émergent par étages entre les tours du centre-ville, et le navire vient s'amarrer au terminal du Pier 27, sur l'Embarcadero, à quelques minutes de marche des quartiers les plus connus de San Francisco. Aucune navette n'est nécessaire : la ville commence au pied de la passerelle.
L'Embarcadero, colonne vertébrale de l'escale
Ce long boulevard portuaire se parcourt à pied ou à bord des tramways anciens de la ligne F, aux carrosseries colorées venues du monde entier. Vers le sud, il mène au Ferry Building, ancienne gare maritime devenue marché gourmand : fromagers, boulangers, torréfacteurs et producteurs locaux s'y côtoient sous la grande horloge, et les huîtres de la région s'y dégustent debout, face aux quais. Vers le nord, il conduit en une vingtaine de minutes aux jetées touristiques, en longeant les baies vitrées où se reflète la silhouette du pont.
Pier 39 et le Fisherman's Wharf
Impossible de manquer le vacarme du Pier 39 : des dizaines d'otaries s'y disputent les pontons flottants depuis 1989, sous l'œil des badauds. Tout autour, le Fisherman's Wharf perpétue sa tradition maritime avec ses étals de crabe et ses soupes de palourdes servies dans des pains ronds, une institution locale qu'il faut avoir goûtée au moins une fois. Au quai de Hyde Street, les grands voiliers du parc maritime national se visitent comme autant de témoins de l'époque où la ruée vers l'or remplissait la baie de mâts. Un peu plus haut, l'ancienne chocolaterie de Ghirardelli Square a troqué ses machines contre boutiques et terrasses, mais le chocolat chaud s'y prépare toujours selon la tradition maison.
Alcatraz, l'île d'en face
Au large flotte la silhouette pâle d'Alcatraz. Les traversiers partent de l'Embarcadero pour l'ancien pénitencier fédéral, où l'audioguide, nourri des voix d'anciens détenus et gardiens, transforme la visite en récit saisissant. Une précaution s'impose : les places s'envolent des semaines à l'avance, et il faut réserver tôt ou passer par les excursions du navire pour espérer y accéder le jour même.
Câbles, collines et points de vue
Aucun séjour ici ne se conçoit sans un trajet en cable car. Les voitures de bois gravissent les pentes en grinçant, retenues par leur câble centenaire, et chaque sommet de côte recompose le plan d'eau sous un angle différent. Les marcheurs préféreront grimper à la tour Coit, sur Telegraph Hill, dont la colonne blanche domine le terminal : les fresques des années 1930 à sa base et le panorama circulaire au sommet récompensent l'effort des escaliers fleuris.
Composer sa journée
Le principal défi de cette escale tient dans l'embarras du choix. Une formule éprouvée consiste à consacrer la matinée au secteur des jetées et des navires historiques, à traverser ensuite la baie du regard depuis la tour Coit, puis à descendre vers le Ferry Building pour un lunch de producteurs locaux avant un aller-retour en cable car. Le quartier des affaires et la place Union, à environ deux kilomètres et demi du terminal, restent accessibles en tramway pour les amateurs de magasinage. Quoi qu'on choisisse, mieux vaut prévoir une couche chaude : le vent de la baie surprend même en plein été, c'est une signature locale au même titre que le brouillard.
Repartir par la baie
Au départ, le navire repasse sous le tablier du Golden Gate pendant que la ville allume ses premières lumières. Les collines s'éloignent, la corne de brume répond au vent du Pacifique, et chacun comprend pourquoi tant de chansons parlent de laisser son cœur ici. San Francisco ne se termine pas : elle se promet.


