Charles Darwin a marché ici en 1835, et le décor n'a guère changé depuis. L'île Santiago, au cœur des Galápagos, demeure inhabitée : ni port, ni village, ni lumière la nuit, seulement des champs de lave, des plages sombres et une faune qui n'a toujours pas appris la peur des humains. Les navires d'expédition mouillent dans la baie James, sur la côte ouest de l'île, et les zodiacs conduisent leurs passagers vers un débarquement mouillé sur le sable volcanique de Puerto Egas, au pied des cônes érodés.
Une plage de sable noir
Le premier contact se fait pieds nus dans une eau fraîche, sur une plage dont la teinte anthracite surprend toujours. Derrière la ligne de marée, les restes discrets d'une ancienne exploitation de sel rappellent les tentatives de colonisation qui ont toutes échoué ici ; un sentier mène d'ailleurs vers le cratère du volcan de la mine de sel pour les groupes qui disposent de plus de temps. La plupart des visites privilégient toutefois la côte, et pour cause.
Le sentier des cuvettes de marée
Un parcours d'environ deux kilomètres et demi longe le rivage sur un sol de lave sculpté par l'océan. À marée basse, les cuvettes creusées dans la roche composent autant d'aquariums naturels : anémones, oursins, poissons piégés jusqu'à la prochaine marée, crabes rouge vif détalant sur la pierre sombre. Les iguanes marins se chauffent en groupes serrés, immobiles comme des sculptures, et les hérons chassent dans les flaques. Chaque pas ou presque offre une scène à observer, penché au-dessus de l'eau.
Les grottes des otaries à fourrure
Au bout du sentier, la lave forme des arches et des bassins profonds où l'océan entre et sort en respirant. C'est le domaine des otaries à fourrure des Galápagos, longtemps chassées pour leur pelage et revenues de loin. Elles se réfugient dans l'ombre fraîche des grottes, se laissent porter par les remous, remontent souffler dans les puits de lumière avec une aisance de danseuses. Le ressac résonne sous les arches, et les embruns fraîchissent l'air comme une climatisation naturelle. Pour bien des voyageurs, cette rencontre demeure la seule occasion d'observer l'espèce d'aussi près, à quelques mètres, dans un décor de roche tourmentée.
Sous la surface de la baie
De retour à la plage, la baignade se transforme volontiers en séance de plongée en apnée. Les fonds de la baie James réservent de belles surprises : tortues marines en pâture, bancs de poissons chirurgiens, raies qui ondulent sur le sable et, souvent, une otarie joueuse en guise d'escorte. L'eau reste vivifiante, mais peu renoncent à s'y glisser une fois le masque ajusté.
Bien s'équiper pour la lave
Le débarquement se fait dans l'eau, et la suite se joue sur un sol volcanique irrégulier : chaussures d'eau pour la plage, puis semelles fermées pour le sentier composent le duo gagnant. Les guides naturalistes imposent le rythme, lent à dessein, ponctué d'arrêts d'observation qui transforment la marche en leçon de choses grandeur nature. Jumelles et appareil photo trouvent ici leur pleine utilité, tout comme le chapeau et la gourde, car l'ombre demeure une denrée rare sur cette côte minérale balayée par le vent du large.
Ce que Darwin a vu
Le jeune naturaliste du Beagle a passé plusieurs jours sur cette île, à collecter plantes et animaux qui nourriraient plus tard sa réflexion sur l'évolution. En remontant dans les zodiacs, difficile de ne pas repenser à lui : Santiago offre encore aujourd'hui la matière brute de son émerveillement. Le navire lève l'ancre face aux coulées figées depuis des siècles, et chacun emporte sa propre théorie sur ce que ce voyage est en train de changer en lui.


