La passerelle à peine franchie, vous y êtes déjà. À Seyðisfjörður, dans l'est de l'Islande, le quai touche le village : pas de terminal anonyme, pas de navette. Les maisons de bois colorées, héritées des marchands norvégiens qui ont bâti la localité au XIXe siècle autour de la pêche au hareng, se reflètent dans le lagon au fond d'un fjord aux parois hautes et rayées de cascades. Les navires de petite et moyenne taille s'amarrent au cœur des choses ; les plus grands mouillent dans le fjord et débarquent leurs passagers en canots. C'est aussi ici qu'accoste chaque semaine le traversier venu du Danemark par les îles Féroé — rappel que ce bras de mer fut longtemps l'une des grandes portes d'entrée maritimes de l'Islande.
La rue arc-en-ciel et l'église bleue
Le premier itinéraire s'impose de lui-même : à cinq minutes du quai, une allée peinte aux couleurs de l'arc-en-ciel remonte entre les cafés et les ateliers jusqu'à la Seyðisfjarðarkirkja, l'église bleu pâle devenue l'image de marque des lieux. L'ensemble compose l'une des scènes les plus photographiées d'Islande, mais la file d'attente reste modeste : quelques centaines de résidents, des galeries d'art, une librairie-café. La communauté s'est taillé une réputation de refuge d'artistes, et cela se sent dans les vitrines comme dans l'ambiance générale, douce et légèrement bohème.
Des cascades à compter
Au-dessus du village, la rivière Fjarðará dévale la vallée en une succession de chutes — on en dénombre plus de vingt-cinq entre les hauteurs et le lagon. Le sentier qui les longe se prend directement depuis les rues hautes, et chaque lacet révèle un nouveau bassin. Les excursions conduisent aussi vers Gufufoss, la plus imposante des environs, souvent comparée à une petite sœur de Skógafoss : un rideau d'eau que l'on peut approcher en quelques minutes de marche depuis la route du col. Par temps humide — fréquent —, tout le cirque montagneux se met à ruisseler, et le spectacle vaut bien un imperméable.
La sculpture qui chante avec le vent
Autre curiosité à courte distance du centre : Tvísöngur, une œuvre sonore composée de cinq dômes de béton interconnectés, posée à flanc de montagne. Chaque dôme résonne sur une note différente ; on y entre, on fredonne, on écoute le vent faire sa part. Le sentier d'accès grimpe modérément et offre en prime une vue plongeante sur le fjord et, les jours d'escale, sur votre navire posé comme une maquette sur l'eau sombre.
Repères pour la journée
- Tout le village se visite à pied ; l'église et la rue arc-en-ciel sont à moins de dix minutes du quai.
- Les sentiers des cascades et de Tvísöngur partent du bourg même ; chaussures de marche recommandées.
- Gufufoss se rejoint par la route qui monte vers le col, en excursion ou en taxi.
- Cafés, galeries et boutiques d'artisanat se concentrent autour de la rue principale et du plan d'eau, à quelques minutes les uns des autres.
- La météo de l'est islandais change d'heure en heure : superposez les couches.
Un fjord qui reste en mémoire
Le départ se fait par le même chemin d'eau que l'arrivée : une vingtaine de kilomètres entre des murailles de basalte où traînent les nuages. Depuis le pont, le village rapetisse lentement, tache de couleurs vives que les parois semblent refermer derrière vous. Peu d'escales islandaises livrent autant en si peu de distance à parcourir : ici, l'art, la montagne et l'eau vive se partagent le même kilomètre carré. Il n'est pas rare d'entendre, sur le pont, des passagers réviser déjà leurs plans de voyage pour revenir passer quelques nuits dans l'est — le plus discret des quatre points cardinaux islandais, et peut-être le plus attachant.


