Depuis plus de mille ans, des pèlerins marchent vers les montagnes de la péninsule de Kii pour atteindre les trois grands sanctuaires de Kumano. Shingu, petite ville d'environ 30 000 habitants coincée entre le Pacifique et les forêts profondes de Wakayama, garde l'un des trois. Faire escale ici, c'est entrer par la mer dans un pays de brumes, de cèdres et de divinités anciennes, celui que parcourent encore aujourd'hui les randonneurs du Kumano Kodo, réseau de chemins inscrit au patrimoine mondial aux côtés des routes de Compostelle.

Une escale à hauteur d'homme

Le port de commerce accueille les navires à courte distance du centre, et la ville se découvre ensuite à pied ou à vélo : les principaux sites se trouvent à 15 ou 20 minutes les uns des autres. Des vélos se louent près de la gare, notamment au parc Jofuku, petit jardin de style chinois dédié à Xu Fu, cet émissaire de l'empereur de Chine qui, selon la légende, aborda ces rivages en quête d'un élixir d'immortalité. Le décor est planté : à Shingu, l'histoire et le mythe se partagent les rues sans complexe, et les habitants saluent les visiteurs d'un signe de tête tranquille.

Hayatama Taisha, le sanctuaire vermillon

À un quart d'heure de la gare, Hayatama Taisha aligne ses pavillons d'un vermillon éclatant sous les arbres. C'est l'un des trois grands lieux saints de la région, cœur d'une spiritualité qui mêle culte des kamis et bouddhisme, et point d'arrivée de générations de pèlerins venus par les sentiers de montagne comme par la rivière. On y circule lentement, entre lanternes de pierre et amulettes, dans une atmosphère de ferveur simple qui touche même les visiteurs de passage, croyants ou non.

Kamikura, l'escalier vers le rocher sacré

L'expérience la plus intense attend à flanc de colline. Le sanctuaire Kamikura, considéré comme le berceau de la foi locale, se blottit contre un rocher massif vénéré depuis des temps immémoriaux. On l'atteint par un escalier de pierre abrupt, gravi à son rythme, une main sur la rampe et l'autre sur le genou; là-haut, la récompense dépasse l'effort : les toits de la ville, la courbe de la côte et le Pacifique se déploient d'un seul regard. Compter environ 30 minutes depuis la gare pour rejoindre le pied de l'escalier, puis le temps de la montée, variable selon le souffle de chacun.

Vers Nachi, la grande chute

Les excursions proposées à quai mènent souvent à une heure de route, au sanctuaire Nachi Taisha et à sa voisine, la chute de Nachi, la plus haute du Japon d'un seul jet. La pagode rouge dressée devant le ruban d'eau blanche compose l'une des images les plus reproduites du pays, et la voir en vrai conserve tout son effet, surtout quand la brume s'accroche aux versants. Pour les passagers qui souhaitent embrasser l'essentiel du pays de Kumano en une journée, c'est le complément naturel des deux sanctuaires de la ville.

Repères pratiques

  • Chaussures de marche conseillées : pavés, racines et degrés irréguliers font partie du programme.
  • L'office de tourisme de la gare fournit cartes en anglais et conseils de parcours.
  • Les sanctuaires se visitent gratuitement; petites offrandes et amulettes font de beaux souvenirs.
  • Par temps chaud, prévoir de l'eau avant l'ascension de Kamikura : aucun commerce en chemin.

Redescendre vers le navire

Au retour, beaucoup gardent dans les jambes le souvenir de l'escalier de Kamikura et, dans les yeux, ce mélange de forêt sombre et de vermillon qui n'appartient qu'à ce coin de la péninsule de Kii. Shingu ne cherche pas à retenir le voyageur; elle le met en chemin, comme elle le fait pour les pèlerins depuis des siècles. On remonte à bord avec le sentiment d'avoir touché quelque chose de très ancien, et l'idée, qui sait, de revenir un jour finir la route à pied.