L'annexe arrive en vue du rivage et déjà les chiens se font entendre. Des centaines de huskies groenlandais, attachés près des maisons, ponctuent de leurs aboiements l'approche de Sisimiut. Les façades rouges, bleues, jaunes et vertes s'accrochent au roc entre le fjord et la montagne. Voilà la deuxième agglomération du Groenland : un peu plus de 5 500 habitants, 75 kilomètres au nord du cercle polaire, et une énergie qui surprend dans un décor aussi rude.
L'arrivée en annexe
Les navires mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers au quai des annexes, en plein centre. Tout se fait ensuite à pied : les distances sont courtes, même si les rues montent et descendent au gré du relief. Le vieux quartier colonial se trouve à environ cinq minutes de marche du débarcadère, ce qui laisse amplement le temps d'explorer, même lors d'une escale de quelques heures.
Le quartier colonial et son portail de mâchoires
Le musée de Sisimiut occupe un ensemble de bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles, vestiges du comptoir fondé par les Danois en 1756 sous le nom de Holsteinsborg. On y entre en passant sous un portail formé de mâchoires de baleine, rappel saisissant de l'époque où la chasse au cétacé faisait vivre la colonie. À côté se dresse l'église bleue de 1775, la deuxième plus ancienne du Groenland, avec son clocher modeste et ses murs de bois peint.
Les salles du musée retracent 4 500 ans d'occupation humaine, depuis la culture de Saqqaq dont les archéologues ont retrouvé des vestiges dans la région. Outils de chasse, kayaks, vêtements de peau cousus au tendon : chaque objet témoigne de l'ingéniosité déployée, génération après génération, pour vivre de la mer et de la toundra sous un climat sans indulgence.
Une communauté tournée vers l'aventure
Sisimiut se présente volontiers comme la capitale du plein air groenlandais. C'est la localité la plus septentrionale du pays dont le port reste libre de glace à l'année, et la plus méridionale où l'on pratique le traîneau à chiens. L'hiver, les attelages partent directement des quartiers résidentiels; l'été, les randonneurs s'élancent vers le Nasaasaaq, le sommet qui veille sur les toits, ou sur le sentier de l'Arctic Circle Trail qui relie la côte à l'intérieur des terres en plusieurs jours de marche.
- Le centre culturel Taseralik, au bord d'un lac, présente des expositions et des spectacles et abrite un café accueillant.
- Les ateliers d'artisans offrent sculptures en os, en bois de caribou et perlages traditionnels.
- Le port de pêche, toujours actif, permet d'observer le retour des bateaux chargés de crevettes et de flétan.
Marcher entre deux mondes
Une simple promenade dans les rues révèle le quotidien arctique : les séchoirs à poisson près des maisons, les motoneiges qui attendent l'hiver, les enfants qui jouent dehors par tous les temps. La modernité scandinave et les traditions inuites s'y entremêlent sans heurt. Le supermarché vend aussi bien des produits danois que du phoque ou du renne, et les conversations passent du groenlandais au danois dans la même phrase.
Le dernier regard depuis la baie
Au moment de regagner le navire, l'annexe s'éloigne du quai et la localité se recompose sous les yeux : les taches de couleur des maisons, la masse sombre du Nasaasaaq, les nuages accrochés aux sommets. On repart avec le sentiment d'avoir touché du doigt une manière de vivre où la nature commande encore, et où chaque génération réinvente l'équilibre entre l'héritage des chasseurs et les promesses du présent. Peu d'escales laissent une impression aussi nette d'être arrivé quelque part, vraiment.


