La baie s'ouvre en croissant entre deux avancées vertes, et la ville monte en gradins depuis les quais, balcons tournés vers la Méditerranée. Skikda, sur la côte nord-est de l'Algérie, ne figure que rarement aux itinéraires des croisières, et c'est précisément ce qui fait son intérêt : on y accoste dans une ville portuaire vivante, sans circuit balisé, où chaque promenade garde un parfum de première fois.
De Rusicade à Philippeville
Bien avant les cargos et les torchères, les Phéniciens puis les Romains avaient repéré cette rade. La cité antique de Rusicade prospéra sur ces pentes, et son théâtre, le plus vaste d'Algérie romaine, dort encore en partie sous les quartiers modernes; quelques gradins et substructions demeurent visibles pour qui aime lire une ville en transparence. Rebaptisée Philippeville au XIXe siècle, elle a hérité de cette période française un centre aux immeubles haussmanniens mêlés d'édifices néo-mauresques, arcades, balcons ouvragés et façades patinées par l'air marin.
Flâner dans le centre
Depuis le secteur portuaire, on rejoint rapidement les rues commerçantes qui grimpent vers les places hautes. La déambulation vaut pour ses détails : porches sculptés, mosaïques d'entrées d'immeubles, persiennes entrouvertes sur des cours fraîches, cafés où les habitués commentent le match du jour autour d'un thé à la menthe, étals de figues, d'olives et d'épices dont les parfums escortent le promeneur d'une rue à l'autre. Les édifices publics de l'époque coloniale, gare et hôtel de ville en tête, étonnent par leurs coupoles et leurs minarets décoratifs. Les curieux qui saluent en français reçoivent presque toujours un accueil chaleureux, et parfois une histoire de famille entre deux boutiques. Le tourisme de masse n'a pas encore de prise ici, et les échanges gardent une spontanéité devenue rare sur les rives méditerranéennes.
La corniche et les plages
Skikda s'est donné un front de mer généreux. La corniche déroule sa promenade au-dessus des rochers, ponctuée de belvédères où les couples viennent regarder la houle. Aux beaux jours, les plages des environs, longues bandes de sable adossées aux collines boisées, se couvrent de parasols familiaux et de parties de soccer improvisées. Même sans baignade, la marche en bord de mer offre ce que la Méditerranée fait de mieux : lumière franche, embruns, cargos au mouillage et horizon net.
Stora, l'anse aux barques
À quelques kilomètres à l'ouest, blotti sous la falaise, le petit port de Stora est l'un des plus anciens mouillages de cette côte. Les barques bleues et blanches s'y serrent devant une rangée de maisons claires, les filets sèchent sur les murets et les restaurants servent le poisson du matin grillé, arrosé de citron. C'est le but d'excursion idéal d'une escale : dix minutes de route, une heure de table, et le sentiment d'avoir touché le cœur maritime de la région. Les photographes s'attardent sur les reflets des coques dans l'anse, les gourmets sur les crevettes du golfe.
Composer sa journée
- Matinée : centre historique, marché et façades néo-mauresques.
- Midi : poisson grillé sur le port de Stora.
- Après-midi : corniche, belvédères et retour tranquille vers le quai.
Les distances demeurent courtes et les taxis nombreux; convenez du prix avant de monter, comme partout en Algérie, et gardez un peu de monnaie pour le café.
Regagner le bord
Au retour, le soleil décline derrière les collines et allume les façades jaunes du centre. Les grues du port reprennent leur ballet pendant que les pêcheurs de Stora rentrent à contre-jour. Skikda ne cherche pas à séduire; elle vit, tout simplement, et laisse au voyageur qui a pris le temps de la parcourir l'impression d'avoir vu une Méditerranée d'avant le tourisme, celle des villes qui travaillent face à la mer.


