Le granit rose affleure partout, poli par les glaciers, et les cabanes de pêche s'y alignent comme des livres sur une étagère; au couchant, la lumière embrase toute la côte ouest de la Suède. Smögen condense tout le Bohuslän sur un îlot de quelques kilomètres carrés. L'ancien village de pêcheurs, relié au continent par un pont, vit face à la mer depuis le dix-septième siècle. Une escale ici se déroule au rythme des vagues contre les pontons, sans autobus ni programme chargé.

La Smögenbryggan, colonne vertébrale du village

Tout commence sur la Smögenbryggan, une promenade de bois de près d'un kilomètre qui épouse le flanc sud du vieux havre de pêche. Les anciens hangars où l'on remisait filets et casiers abritent aujourd'hui boutiques d'artisans, glaciers et terrasses; leurs façades rouges, ocre et blanches se reflètent dans l'eau calme entre les voiliers. En saison, la jetée bourdonne dès le matin : on y déguste des crevettes fraîchement débarquées, on y observe les bateaux qui rentrent, on s'y attarde sans voir l'heure passer.

Le poisson, hier et aujourd'hui

La halle de la criée, à l'entrée est de la jetée, rappelle que Smögen demeure une communauté de pêcheurs active. Homards, langoustines et écrevisses passent directement des cales aux étals, et les restaurants du bassin en font leur menu du jour. Le hareng, qui fit jadis la fortune du Bohuslän, se retrouve mariné sur toutes les tables. Prendre le temps d'un repas face aux mâts constitue sans doute la plus juste manière de comprendre ce que la mer représente ici.

Les rochers, les criques et le grand large

Au bout de la promenade, le sentier débouche sur Vallevik, une échancrure de granit où les habitants se baignent depuis des générations; un plongeoir et une petite plage de sable accueillent les plus braves, car l'eau reste vive même en été. Les dalles rondes qui entourent le village invitent à la marche libre : on grimpe, on longe les criques, on s'assoit face aux îlots. Depuis le bassin, des navettes gagnent l'île de Hållö et son phare de pierre, sentinelle du chenal depuis 1842, tandis que d'autres excursions remontent le canal de Sotenäs vers Kungshamn.

Dans les ruelles, derrière le décor

Il suffit de quitter la jetée par l'une des venelles pour trouver le Smögen des habitants : des maisons de bois serrées les unes contre les autres, des jardins minuscules protégés du vent, des hortensias contre les clôtures blanches. En été, la population décuple et les pontons se couvrent de voiliers venus de toute la Scandinavie; hors saison, quelques centaines d'habitants retrouvent leurs rochers, leurs casiers et le calme du large. Le tout se parcourt entièrement à pied en moins d'une heure, mais chaque détour révèle un escalier taillé dans la roche ou un point de vue sur l'archipel. L'église de bois blanc, sobre comme la côte qui l'entoure, veille sur l'ensemble depuis 1905.

L'escale en bref

ÉlémentÀ savoir
Promenade de boisEnviron 1 km le long du bassin, plate et accessible
BaignadeVallevik, au bout de la Smögenbryggan, plongeoir et plage
Excursion en merNavettes vers l'île de Hållö et son phare
À tableCrevettes, langoustines et hareng débarqués sur place
DistancesTout est accessible à pied depuis le plan d'eau central

Le mot de la fin

En quittant le mouillage, beaucoup se retournent une dernière fois vers les cabanes colorées qui rapetissent sur l'eau. Smögen n'impose rien : elle laisse simplement le souvenir d'une journée où le temps s'est mesuré en reflets, en embruns et en assiettes de crevettes. C'est souvent de ces escales sans monument que l'on reparle le plus, une fois rentré.