Peu de quais ont vu partir autant d'histoires. Le Mayflower a quitté Southampton en 1620 avec ses pèlerins en route vers l'Amérique; le Titanic y a largué ses amarres en avril 1912; des générations de paquebots y embarquent encore aujourd'hui des dizaines de milliers de passagers chaque semaine. Première porte de croisière du Royaume-Uni, la cité du Hampshire mérite pourtant mieux qu'un simple transit : derrière les terminaux s'étend un quartier médiéval étonnamment préservé.
Des remparts au ras des rues
Southampton conserve l'un des ensembles de murailles médiévales les plus complets d'Angleterre. Le circuit des remparts, ponctué de tours et de poternes, se parcourt à pied en une heure environ depuis le parc du front de mer, en remontant Bugle Street ou French Street. La Bargate, porte monumentale du douzième siècle, marquait l'entrée nord de la cité fortifiée; elle enjambe toujours la rue commerçante, indifférente aux vitrines qui l'entourent. Tout près, la Medieval Merchant's House de French Street restitue l'intérieur d'un négociant en vin du treizième siècle, avec son échoppe ouvrant sur la rue. Plus de 90 bâtiments classés se cachent dans ce périmètre compact, des caves à vin médiévales aux demeures georgiennes.
La maison Tudor et les ruelles anciennes
Au cœur du quartier ancien, la Tudor House, bâtie à la fin du quinzième siècle, déploie ses colombages autour d'un jardin reconstitué à l'ancienne. Ses salles racontent huit siècles de vie domestique, des banquets Tudor aux abris antiaériens de la Seconde Guerre mondiale. À quelques pas, l'église St Michael, la plus ancienne du lieu, et les façades penchées de Bugle Street composent un décor que l'on n'attend pas dans une grande agglomération portuaire. Les pubs à poutres du quartier servent une pinte au milieu des siècles.
Sur les traces du Titanic
Le SeaCity Museum, installé dans l'ancien centre civique à une vingtaine de minutes à pied des terminaux, consacre au Titanic une exposition permanente poignante : plus de 500 foyers de la cité ont perdu un membre d'équipage dans le naufrage. Maquettes, témoignages et reconstitutions restituent le départ du 10 avril 1912 vu d'ici, côté familles. Le musée élargit ensuite le propos à toute la relation entre la cité et la mer, des liners transatlantiques aux porte-conteneurs d'aujourd'hui.
Entre deux embarquements
Le front de mer de Mayflower Park offre un poste d'observation apprécié des passionnés de navires, avec les géants des mers en toile de fond; le mémorial du Mayflower, colonne érigée en 1913, s'y dresse face à l'eau en souvenir des passagers de 1620. Les amateurs de magasinage rejoindront le centre commercial Westquay, adossé à un pan de muraille, avec restaurants et cinéma pour les jours de pluie, tandis que les marcheurs pousseront jusqu'aux parcs centraux, une enfilade d'espaces verts victoriens qui traverse l'agglomération. Quatre à cinq terminaux de croisière se partagent le plan d'eau; selon le poste à quai, la vieille ville se rejoint à pied en dix à trente minutes, ou en quelques minutes de taxi.
Repères pratiques
| Élément | À savoir |
|---|---|
| Quartier ancien | À 10-30 minutes à pied selon le terminal |
| Remparts | Circuit d'environ une heure depuis Mayflower Park |
| Tudor House | Maison à colombages de la fin du 15e siècle, avec jardin |
| SeaCity Museum | Exposition permanente sur le Titanic, navette depuis certains terminaux |
| Magasinage | Westquay et rue commerçante autour de la Bargate |
Larguer les amarres, encore
Quand le navire s'écarte du quai, il rejoint une lignée de départs qui remonte à quatre siècles. Southampton reste fidèle à sa vocation : un rivage qui regarde partir les bateaux et sait les accueillir au retour. La prochaine fois, on lui accordera peut-être la nuit d'hôtel qu'elle mérite, pour flâner sans montre entre remparts et pubs centenaires.


