Au 78e parallèle nord, la mer charrie des reflets d'acier et les montagnes portent des noms de brume. Le Spitzberg, île principale de l'archipel du Svalbard, déploie glaciers, toundra et fjords sur plus de 37 000 kilomètres carrés, à mi-chemin entre la Norvège continentale et le pôle Nord. Aucune route ne relie les vallées entre elles : ici, le navire d'expédition n'est pas un moyen de transport parmi d'autres, il est le seul. Chaque journée s'écrit selon la glace, la houle et les ours.

Une navigation d'expédition

Les itinéraires partent le plus souvent de Longyearbyen, la principale localité, pour remonter la côte ouest au gré des conditions. Les zodiacs déposent les passagers sur des plages de galets ou au pied des moraines, par petits groupes encadrés de guides armés : la présence possible de l'ours blanc impose des règles strictes, expliquées dès l'embarquement. On marche sur la toundra spongieuse, entre saxifrages et os de baleine blanchis, dans un silence que seul brise le craquement lointain d'un glacier qui vêle. Plus de la moitié de l'île disparaît sous les glaces, et les cartes marines elles-mêmes peinent à suivre le recul des fronts glaciaires.

Fjords de glace et falaises d'oiseaux

Le Kongsfjorden abrite Ny-Ålesund, ancien village minier devenu station scientifique internationale, l'une des communautés permanentes les plus septentrionales du monde; c'est d'ici qu'Amundsen s'élança vers le pôle en dirigeable en 1926. Plus au nord, le Magdalenefjorden encadre de pics aigus une baie où mouillaient déjà les baleiniers du dix-septième siècle; leurs fours à graisse et leurs tombes, protégés par la loi, affleurent encore sur certaines plages, émouvants sous la brume. Trappeurs russes puis norvégiens ont pris la relève, hivernant dans des cabanes dont quelques-unes tiennent debout. Dans le Krossfjorden, le front sculpté du glacier du 14-Juillet domine des falaises où nichent mouettes tridactyles et guillemots de Brünnich par dizaines de milliers, dans un vacarme fascinant.

La faune du bout du monde

Croiser un morse vautré sur un banc de galets, un renne du Svalbard broutant sous un pylône de brume ou un renard polaire trottant entre les pierres : ces rencontres rythment l'escale sans jamais être garanties, et c'est ce qui leur donne leur prix. Les jumelles passent de main en main dès qu'une tache crème se déplace sur un versant. Bélugas et petits rorquals fréquentent les eaux côtières, tandis que l'ours blanc, seigneur discret de l'archipel, s'observe presque toujours depuis le pont, à distance respectueuse.

Lumières et saisons

De la fin d'avril à la fin d'août, le soleil ne se couche jamais : les débarquements peuvent avoir lieu à toute heure, dans une lumière rasante qui métamorphose les paysages. L'été polaire fait éclore en quelques semaines une toundra minuscule et colorée. Dès septembre, les premières neiges redessinent les sommets et les navires se font rares. Quelle que soit la date, la météo commande : un itinéraire au Spitzberg est une intention, jamais une promesse, et les meilleurs souvenirs naissent souvent d'un changement de plan.

Bon à savoir avant d'embarquer

ÉlémentÀ savoir
AccèsCroisières d'expédition, le plus souvent depuis Longyearbyen
DébarquementsEn zodiac, par petits groupes, avec guides armés
Sites fréquentsKongsfjorden, Ny-Ålesund, Magdalenefjorden, Krossfjorden
Soleil de minuitDe la fin d'avril à la fin d'août
ÉquipementCouches chaudes, bottes étanches, jumelles indispensables

Ce que la glace enseigne

On revient du Spitzberg avec des images de fronts glaciaires bleutés et de plages semées d'ossements de baleines, mais surtout avec une mesure nouvelle de sa propre échelle. L'Arctique ne se laisse pas résumer; il se laisse approcher, humblement, une baie à la fois. Ceux qui y ont goûté guettent ensuite chaque occasion d'y retourner, comme on guette une marée favorable.