Le navire se faufile entre les îlots du Breiðafjörður, si nombreux que les Islandais affirment en riant qu'on ne parvient jamais à les compter. Des écueils coiffés d'herbe rase défilent le long de la coque, des sternes plongent dans le sillage, puis la falaise sombre de Súgandisey se dresse et referme soudain la baie. Derrière ce rempart naturel, un millier d'habitants vivent dans un bourg de maisons de bois colorées, tourné vers sa flotte de pêche. Stykkishólmur garde l'entrée nord de la péninsule de Snæfellsnes, et son quai se trouve à quelques minutes de marche du centre : l'escale commence dès la passerelle.
Un vieux bourg marchand au bord du fjord
Le commerce maritime anime ce mouillage depuis des siècles, et le cœur ancien du village compte parmi les mieux préservés d'Islande. En remontant la rue principale, on longe des demeures du XIXe siècle repeintes de rouge, d'ocre et de bleu, souvent identifiées par le nom de leur premier propriétaire. La plus remarquable reste la Maison norvégienne, bâtie en 1832 avec du bois importé de Norvège : première résidence à deux étages du pays, elle abrite aujourd'hui le musée régional et restitue le quotidien d'une famille de négociants d'autrefois.
Un peu plus haut, l'église moderne achevée en 1990 étonne avec ses courbes blanches qui évoquent à la fois une vague et une carène renversée. De son parvis, le regard embrasse les toits colorés, la baie et la myriade d'îles qui moutonnent jusqu'à l'horizon.
Le phare de Súgandisey
Impossible de manquer la promenade la plus simple du village : la digue qui relie le quai à l'îlot basaltique de Súgandisey. Un escalier grimpe entre les colonnes de lave jusqu'au petit phare orangé qui veille sur le chenal. Là-haut, le vent porte les cris des goélands, les eiders se laissent dériver au pied de la falaise et le Breiðafjörður déploie ses eaux semées d'îlots. Comptez une quinzaine de minutes depuis le navire pour ce panorama qui résume à lui seul l'ouest de l'Islande.
Le garde-manger du Breiðafjörður
Le fjord nourrit la région depuis toujours, et les excursions en bateau qui partent du quai le racontent mieux qu'aucun musée. On y observe des courants de marée qui tourbillonnent entre les récifs, des colonies d'oiseaux marins et, avec un peu de chance, le vol lourd d'un pygargue à queue blanche. Certaines sorties remontent une drague à pétoncles et proposent de goûter les coquillages à peine sortis de l'eau, une fraîcheur qui se passe de commentaire. En bordure du havre, une curiosité mérite un détour : la Bibliothèque de l'eau, une installation d'art contemporain où des colonnes de verre renferment l'eau de glaciers islandais.
Vers le glacier Snæfellsjökull
Pour qui préfère les grands espaces, Stykkishólmur sert de point de départ vers les paysages de la péninsule. Les excursions organisées permettent d'en voir l'essentiel en une demi-journée :
- le mont Kirkjufell, pyramide solitaire posée au bord de l'eau, l'une des montagnes les plus photographiées d'Islande;
- les orgues basaltiques de Gerðuberg, une muraille de colonnes régulières en plein champ de lave;
- la plage noire de Djúpalónssandur, parsemée des vestiges rouillés d'un chalutier naufragé;
- le parc national du Snæfellsjökull, dominé par le glacier que Jules Verne choisit comme porte d'entrée de son Voyage au centre de la Terre.
Les routes sont bonnes, mais les distances demandent de choisir : mieux vaut savourer un ou deux sites que courir après tous.
Avant de remonter à bord
Prenez le temps d'un dernier tour de quai. Les pêcheurs déchargent leurs caisses, les gamins pêchent au bout du môle, l'odeur d'algue et de sel flotte entre les entrepôts. Les tables voisines servent les pétoncles et la morue du fjord, tandis que la boulangerie régale d'une brioche à la cannelle ceux qui embarquent tôt. Quand le navire s'éloigne, les îlots se referment lentement derrière la falaise au phare, et chacun comprend pourquoi les habitants de ce bout du monde n'échangeraient leur baie contre aucune autre.


