Dylan Thomas parlait de sa ville natale comme d'une « ugly, lovely town », une ville laide et adorable. La formule du poète colle encore à Swansea : deuxième ville du pays de Galles, ancienne capitale mondiale du cuivre, elle mêle sans complexe friches réinventées, marina animée et l'un des plus beaux littoraux de Grande-Bretagne. Le port de croisière a l'avantage d'être aux portes du centre, entre le front de mer réaménagé et le quartier maritime, si bien que l'escale se joue d'abord à pied.

Le quartier maritime

Premier arrêt naturel : le National Waterfront Museum, installé dans un entrepôt de 1901 prolongé d'une aile de verre et d'ardoise. Ses quinze galeries racontent comment cette petite nation a pesé sur la révolution industrielle, du charbon aux aciéries en passant par les navires qui exportaient le cuivre local vers le monde entier. Maquettes, machines d'époque et témoignages d'ouvriers donnent chair à cette épopée, et l'entrée libre en fait une halte facile à insérer dans l'horaire d'une escale. Autour, la marina aligne ses voiliers entre les anciens docks, les sculptures contemporaines et les cafés. À quelques rues de là, le Dylan Thomas Centre entretient la mémoire de l'enfant du pays, manuscrits et enregistrements à l'appui.

Le marché couvert, ventre de la ville

Sous sa grande halle vitrée du centre-ville, le marché de Swansea demeure le plus vaste marché couvert du pays de Galles, avec plus d'une centaine d'étals. C'est l'endroit où goûter ce que la région produit de plus typique : les coques ramassées sur les bancs de sable voisins, le laverbread, cette purée d'algues que les Gallois poêlent au déjeuner, et les welshcakes cuits à la plaque sous vos yeux, encore tièdes dans leur sachet de papier. Les commerçants ont le contact facile; laissez-leur deux minutes et ils vous raconteront Swansea mieux qu'aucun guide.

Sur les pas de Dylan Thomas

Dans le quartier résidentiel des Uplands, une modeste maison en rangée porte le numéro 5 de Cwmdonkin Drive. Le poète y est né en 1914, y a vécu vingt-trois ans et y a écrit les deux tiers de son œuvre, dans une chambre minuscule qui donnait sur la baie. La demeure se visite sur réservation, restituée dans son état de 1914, et le parc de Cwmdonkin, terrain de jeu de son enfance, s'étend à deux pas. Les amateurs de littérature tiennent là un pèlerinage discret, loin des foules.

La baie, Mumbles et la Gower

La promenade qui borde la baie de Swansea file sur huit kilomètres jusqu'au village de Mumbles, que l'on rejoint aussi en autobus ou à vélo. Au bout, une jetée victorienne de 225 mètres s'avance dans la mer, rendez-vous des pêcheurs à la ligne et des amateurs de crème glacée, veillée par les ruines du château d'Oystermouth, dont le donjon domine la côte depuis le XIIe siècle. Les crèmeries et les boutiques du village en font la sortie familiale préférée des habitants.

Avec plus de temps, la péninsule de Gower déroule le grand spectacle : première région du Royaume-Uni classée pour la beauté de ses paysages, dès 1956. Les excursions d'une demi-journée y desservent des sites devenus emblèmes du pays de Galles :

  • la baie de Three Cliffs, où trois pointes de calcaire encadrent une plage traversée par une rivière;
  • la grande courbe de Rhossili, régulièrement citée parmi les plus belles plages d'Europe;
  • les landes à poneys sauvages et les villages côtiers de l'intérieur de la péninsule.

Le dernier regard

De retour vers le navire, longez une dernière fois la marina au soleil couchant, quand les mâts se découpent sur les collines. La cité laide et adorable aura eu le temps de plaider sa cause : on repart en donnant raison au poète, et avec l'envie de revenir vérifier du côté de la Gower.